Les casinos du Québec font face à une désertion de leur clientèle, selon des données obtenues par La Presse. Se disant préoccupée par la situation, Loto-Québec montre du doigt «l'explosion de la concurrence» pour expliquer cette baisse de fréquentation.

Caroline d'Astous LA PRESSE

L'année dernière, c'est en moyenne 2000 personnes de moins quotidiennement qui ont passé les portes de la maison de jeux de l'Île Sainte-Hélène comparativement à il y a cinq ans. Soit une diminution de 10,3% de fréquentation entre 2007 et 2012, selon des données obtenues en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

C'est le casino de Charlevoix qui semble le moins affecté avec une baisse de sa clientèle de 3,9%, comparativement à 14,5% pour celui du Lac-Leamy entre 2007 et 2012. Ouvert depuis trois ans, le casino de Mont-Tremblant enregistre une diminution de sa clientèle de 16,3% depuis son ouverture.

Du côté de Loto-Québec, on qualifie cette diminution de «majeure». «Partout en Amérique, sauf au Québec, le taux de fréquentation des casinos par la population locale est de 25% en moyenne. Au Québec, ce taux a glissé depuis quelques années de 21% à 17%», a expliqué Gérard Bibeau, président et chef de la direction de Loto-Québec, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le 30 avril dernier.

Selon le président et chef de la direction, une «augmentation des fréquentations correspondant à 1% de la population adulte, ça veut dire 23 millions de dollars de revenus additionnels», rappelant que «le quart» des revenus de Loto-Québec provient des casinos.

Hausse de la concurrence

Pour Loto-Québec, l'explication se trouve dans la hausse de la concurrence. «Il y avait 14 casinos à une journée de route de Montréal en 1993. Maintenant, c'est plus de 80 maisons de jeux qui sont accessibles», précise Patrick Howe, conseiller principal aux relations publiques pour les casinos du Québec.

Les casinos de la côte est américaine ainsi que les maisons de jeux illégales auraient également la cote chez les joueurs, pense Loto-Québec.

Pour remédier à la situation, la Société des casinos du Québec (SCQ) a mis en place une nouvelle stratégie commerciale nommée «Casino du futur» basée, entre autres, sur l'utilisation du multimédia. Elle a aussi octroyé un contrat de 13 747 340$ en 2012 à la firme de communication Cossette pour la promotion et la publicité de ses divers produits.

Rappelons que la SCQ a également investi un peu plus de 300 millions pour des travaux au casino de Montréal, de même que 50 millions dans celui du Lac-Leamy au cours des dernières années.

Selon une source syndicale, la baisse de fréquentation se fait également sentir dans le climat de travail. «Il est certain qu'on doit s'ajuster en fonction de l'achalandage des casinos», a précisé Patrick Howe.

Autoexclusion: pas de reconnaissance faciale

La Société des casinos du Québec (SCQ) a abandonné son projet de mettre en place des caméras de reconnaissance faciale pour décourager les joueurs compulsifs, a appris La Presse.

Le projet a été annoncé en 2011 et devait être implanté dès l'année suivante. «C'était un projet-pilote pour le casino de Montréal. Mais les résultats n'ont pas été concluants», a indiqué Patrick Howe, conseiller principal aux relations publiques pour les casinos du Québec.

Dans le même sens, La Presse a appris que 1496 personnes ont signé un contrat d'autoexclusion en 2012 et 2013, une légère diminution comparativement à 2004 et 2005. C'est aux casinos de Montréal et de Lac-Leamy que l'on retrouve le plus de contrats d'autoexclusion signés.