Elle a choisi le nom fictif d'Alyss, comme le titre du livre de Patrick Senécal, son auteur préféré. Mais elle a insisté pour que ce soit écrit avec un «y» plutôt qu'avec un «i». Plus artistique, selon elle.

Publié le 20 févr. 2013
Gabrielle Duchaine LA PRESSE

Alyss, donc, a 15 ans. «Une fille comme moi, t'en verras nulle part ailleurs», a-t-elle lancé en guise de présentation. Sur son avant-bras, elle avait écrit en grosses lettres brillantes les paroles d'une chanson populaire: «Bitches love cake». Et sur quatre phalanges de sa main gauche: SEXE. Elle avait aussi dessiné une longue cicatrice sur sa joue avec un crayon servant habituellement au contour des yeux, ce qui lui donnait l'air d'un des personnages animés japonais dont les visages décorent les murs de sa chambre.

L'adolescente habite au foyer depuis trois ans maintenant. Elle a été prise en charge par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) à l'âge de 2 ou 3 ans, elle ne se souvient plus exactement. Elle a ensuite vécu dans trois familles d'accueil différentes avant de se retrouver en centre jeunesse. Une de ses tantes a bien essayé de l'héberger, mais elle était trop turbulente. Elle y passe encore du temps, parfois.

Pourquoi as-tu été placée? «Négligence», répond la pensionnaire comme on prononce un diagnostic. «Mes parents ne s'occupaient pas de nous.»

Elle a une soeur et un frère cadets, qu'elle ne voit pas. Elle avait aussi complètement perdu contact avec ses deux parents jusqu'à ce qu'elle crée un profil Facebook. L'internet lui a donné des nouvelles des deux.

«C'est ma mère qui m'a retrouvée. Juste pour me dire qu'elle ne voulait rien savoir de moi. Je ne l'aime pas, ma mère. Je lui en veux et elle le sait.»

En ce qui concerne son père, c'est elle qui a pris contact. Récemment, elle a commencé à lui rendre visite. Depuis, les choses sont plus difficiles au foyer. Elle fait des fugues et a même trouvé refuge chez lui durant une de ses cavales. «Il est super cool. Il me laisse faire ce que je veux.» Alyss aimerait vivre chez lui. Pour ce faire, il devra s'adresser au tribunal. Comme tous les résidants du foyer, sa fille fait l'objet d'un placement jusqu'à sa majorité. Jusqu'à maintenant, il n'a pas fait de démarches.