La fermeture de Gentilly-2 est inévitable, dit Vandal

Thierry Vandal... (Photo La Presse Canadienne)

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Thierry Vandal

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(Québec) Dès 2010, soit deux ans avant les élections, Hydro-Québec avait déjà appliqué les freins au projet de réfection de la centrale Gentilly-2, dans lequel elle avait englouti plus d'un milliard. Les dépassements de coûts observés dans des projets similaires et la chute des prix de l'énergie liée à l'abondance du gaz naturel ont scellé, sans appel, le sort de ce projet.

Hydro-Québec se retrouvait hier en commission parlementaire pour expliquer la décision prise par le gouvernement Marois en octobre dernier, soit de fermer la centrale nucléaire de Gentilly. Au terme de sa vie utile, celle-ci avait en effet besoin d'une coûteuse réfection.

«On savait avant le 4 septembre 2012 que ce projet ne pouvait être justifié par Hydro-Québec. Mais Hydro-Québec est une société d'État et notre actionnaire [le gouvernement] demandait, en fonction de considérations de développement régional, de garder l'option ouverte», a expliqué Thierry Vandal, président-directeur général d'Hydro-Québec. Des sources libérales avaient expliqué à l'époque que Julie Boulet, ministre très populaire dans la Mauricie, avait imposé cette condition pour se présenter de nouveau lors de la dernière campagne électorale.

Du côté de l'opposition, on attaquait durement le gouvernement pour son silence complice. «Le Parti libéral du Québec a passé un sapin aux gens de la Mauricie en ne donnant pas la vérité sur la fermeture de Gentilly-2», a lancé François Bonnardel, député caquiste de Shefford. À La Presse, il a affirmé hier que la direction d'Hydro-Québec n'avait jamais répondu à une de ses questions, à savoir quand exactement le conseil d'Hydro a pris la décision de démanteler la centrale. Selon M. Bonnardel, il est clair que la décision est venue du gouvernement - elle a été annoncée dès le 11 septembre et confirmée un mois plus tard par Hydro-Québec.

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, soutient que le gouvernement Charest «a fait de l'aveuglement volontaire en refusant de demander un rapport détaillé à Hydro-Québec». «Ils ont été irresponsables et bassement électoralistes.» Selon la députée libérale de Trois-Rivières, Danielle Saint-Amand, le gouvernement avait eu des «signaux d'alarme pour les coûts», mais attendait la fin de travaux similaires à Pointe-Lepreau, au Nouveau-Brunswick - un élément connu après les élections.

En commission parlementaire, hier, M. Vandal a expliqué que l'effet conjugué de la baisse inattendue du prix du gaz naturel ainsi que la croissance des coûts par rapport aux prévisions avait rendu incontournable la décision de fermer la centrale de Gentilly-2. La société d'État a toutefois eu du fil à retordre devant la commission parlementaire, qui se poursuit aujourd'hui pour entendre des acteurs économiques de la région.

À compter de 2008, Hydro avait mis en place un projet de réfection de la centrale, pour lequel un milliard a été injecté - un investissement parti en fumée avec la décision de déclasser la centrale. «Un PDG qui prend la décision de dépenser un milliard et qui, trois ans plus tard, constate que c'est perdu, il perd son boulot. Vous, vous êtes chanceux, on a renouvelé votre mandat¿!», a lancé le député Bonnardel à M. Vandal.

La députée Danielle Saint-Amand soutient que la «fermeture sauvage» de la centrale devrait être annulée par le gouvernement, qui n'est pas à sa première volte-face. Pour l'économie de la Mauricie, la perte de 800 emplois spécialisés équivaudrait, toutes proportions gardées, à 60 000 pertes d'emploi à Montréal.

Pour la ministre Martine Ouellet, pas question de revenir en arrière. Le gouvernement a prévu un fonds de diversification économique de 200 millions pour réduire l'impact de la fermeture. «La décision de déclasser est essentiellement économique», rappelle la ministre, très proche des groupes environnementalistes. Selon elle, pour préserver ses circonscriptions dans la région, le gouvernement Charest faisait «de l'aveuglement volontaire». Même si le gouvernement y a investi 977 millions depuis 2008, le projet était condamné à ne pas être rentable, ajoute Mme Ouellet.

Avec une multitude de statistiques et de tableaux, M. Vandal a montré que la centrale était condamnée à être déficitaire. Depuis 2008, le prix de l'électricité a été plombé par l'exploitation à grande échelle du gaz de schiste.

Cette nouvelle source d'énergie a fait diminuer de moitié le prix du gaz naturel. En Amérique du Nord, on s'apprêtait à importer à prix élevé du gaz naturel dans des ports méthaniers. Or, grâce à la production du gaz de schiste, on est en voie de devenir un exportateur de gaz, relève le président d'Hydro.

Ce gaz abondant a réduit considérablement les coûts de production des centrales au gaz, ce qui a entraîné à la baisse le prix de l'électricité sur le marché international.

En 2008, on estimait la réfection de Gentilly-2 à 1,9 milliard pour produire, pendant 25 ans, de l'électricité à 8,6 cents le kilowattheure - juste en dessous du prix courant à l'époque. «Le projet était alors pleinement justifié», soutient M. Vandal.

En 2011, on a réévalué le projet. Ce qui devait être réalisé en 20 mois en prendrait en réalité 32; il faudrait donc ajouter 1000 travailleurs. La réfection passait tout à coup à 3,4 milliards, augmentant à 10,8 cents le coût de l'énergie produite par Gentilly-2 - bien au-dessus du prix courant.

Selon Julie Boulet, députée libérale de Laviolette, Hydro devrait expliquer pourquoi la réfection de Gentilly-2 aurait coûté presque le double de ce qui avait été fait pour Pointe-Lepreau, au Nouveau-Brunswick. M. Vandal rétorque que dans le cas de Pointe-Lepreau, de nombreux coûts indirects n'ont pas été comptabilisés. Énergie atomique Canada avait également pris une part importante des risques financiers.

Le démantèlement de la centrale sera sécuritaire, assure par ailleurs M. Vandal. La période de «dormance» prévue jusqu'en 2060 pourrait être réduite si la société fédérale responsable de la disposition des déchets nucléaires parvient à trouver des endroits pour enfouir le combustible radioactif. On est cependant bien loin d'avoir même déterminé ces lieux, prévient M. Vandal.

 




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