L'automutilation dans les prisons est en forte hausse et les Autochtones constituent la moitié des cas, révèlent des documents que La Presse a obtenus.

Mis à jour le 28 janv. 2013
Martin Croteau LA PRESSE

C'est une véritable explosion, qui a débuté il y a quatre ans et qui découle des mesures de lutte contre le crime du gouvernement Harper, selon une experte.

On sait depuis le printemps dernier que de plus en plus de prisonniers s'automutilent dans des établissements fédéraux. De nouvelles statistiques, obtenues grâce à la Loi sur l'accès à l'information, montrent maintenant à quel point le problème touche en particulier les Autochtones et les femmes.

Les Autochtones, qui ne forment que 4% de la population canadienne, représentent 20% des détenus dans les prisons fédérales, et ils constituent la moitié des cas d'automutilation de 2009 à 2011. Autre constat troublant: la majeure partie de la hausse est attribuable aux prisonnières autochtones.

De nouvelles mesures pour faire face au problème

Au bureau du ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, on fait valoir que le gouvernement Harper a accéléré l'accès à des services de santé mentale dans les prisons, adopté des règles pour empêcher que des objets potentiellement dangereux ne se retrouvent dans les cellules et amélioré la formation des travailleurs en milieu carcéral. En 2011, le Canada a d'ailleurs été récompensé par l'Association internationale des services correctionnels et des prisons, organisme non gouvernemental lié aux Nations unies, indique Julie Carmichael, porte-parole du ministre.

«Notre gouvernement a adopté des mesures concrètes face aux problèmes de santé mentale dans les prisons, a expliqué Mme Carmichael. Nous avons adopté des mesures pour améliorer l'accès aux traitements en santé mentale et pour mieux former le personnel.»

Malgré tout, dans son dernier rapport annuel, l'enquêteur correctionnel nommé par Ottawa pour agir à titre d'ombudsman des prisonniers a sonné l'alarme sur le problème de l'automutilation.

Howard Sapers indique que la croissance de la population carcérale est en majeure partie due à l'admission de délinquants autochtones, surtout dans la région des Prairies. Or, c'est justement dans cette région que les prisons sont aux prises avec les pires problèmes de surpopulation, dit-il. En outre, de plus en plus de délinquants arrivent dans le système correctionnel avec des problèmes de dépendance ou de santé mentale. «Tous ces facteurs convergent», résume M. Sapers en entrevue. À ses yeux, les autorités carcérales ont encore «beaucoup de travail à faire» pour endiguer le fléau. En outre, les agents correctionnels ne sont tout simplement pas formés pour intervenir auprès de détenus en crise qui risquent de s'infliger des blessures.

Ce n'est d'ailleurs pas leur rôle - ils doivent avant tout s'assurer de la bonne marche des établissements pénitentiaires.

La répression en cause

La criminologue Jennifer Kilty, professeure à l'Université d'Ottawa, estime que l'explosion des cas d'automutilation découle de l'approche du gouvernement conservateur en matière de lutte contre la criminalité. Le durcissement des peines a changé le climat à l'intérieur des prisons fédérales, croit-elle.

En plus des problèmes de surpopulation carcérale, elle souligne que les détenus, en particulier les femmes, sont de plus en plus dirigés vers des ailes à sécurité maximale.

«On observe qu'il y a une approche de plus en plus punitive, un climat où tout le monde est perçu comme une menace pour la sécurité. Et dans de tels cas, on n'a aucun accès à des programmes, à des services, on est en isolement plus souvent. Tout cela crée un climat où ce type de comportement va se produire plus souvent.»

Avec la collaboration de William Leclerc