Vous croyez voir moins de vaches dans les champs qu'avant? Vous ne rêvez pas. Seul le tiers des vaches laitières du Québec broutent encore au pâturage, durant la belle saison.

Publié le 31 août 2012
Marie Allard LA PRESSE

À l'été 2010, à peine 34% des 1740 troupeaux québécois suivis par le centre d'expertise en production laitière Valacta ont consommé du pâturage, en quantité variable. «Par rapport à il y a 20 ans, c'est clair que ça a baissé beaucoup», a expliqué à La Presse Steve Adam, agronome chez Valacta.

Un soir sur deux, à 19 h, les vaches de la ferme Swisskess de Clarenceville, près de la frontière américaine, sortent de leur étable. «Nos vaches sont en meilleure forme et sont moins stressées quand elles vont dehors, dit Anthony Kessler, qui est chargé de les faire rentrer pour la traite de 5 h, le lendemain matin. Plus tu rapproches la vache de son environnement naturel, mieux elle produit.»

À la ferme des parents d'Emmanuelle Vincent, à Acton Vale, les vaches passent l'année à l'intérieur. Cela permet de gagner le temps consacré aux déplacements - ce qui n'est pas rien dans un métier qui occupe 365 jours par an -, de mieux contrôler l'alimentation des bêtes et d'éviter - sans blague - les coups de soleil sur le museau et le pis.

«Quand il fait très chaud, les vaches sont plus confortables à l'intérieur, avec les systèmes de ventilation qu'on utilise de nos jours», fait valoir Mme Vincent, étudiante en agroéconomie à l'Université Laval. Sans compter «que au prix où on paie les terres, il est plus rentable de semer d'autres cultures que de garder ces superficies pour les pâturages», ajoute-t-elle.

Plaintes du public

La Fédération des producteurs de lait du Québec n'a pas de directive concernant les sorties des animaux. «C'est un choix qui revient au producteur, indique François Dumontier, porte-parole de la Fédération. Il y a des gens qui nous appellent pour se plaindre et disent: On se promène à la campagne, on ne voit plus beaucoup de vaches et c'est bien plate. Mais au-delà de l'aspect bucolique, ce n'est pas si clair que ça qu'il s'agit d'un avantage pour la vache de sortir.»

«Sortir, c'est sûr que c'est positif pour l'animal, tranche de son côté Steve Adam, expert en production laitière. Mais s'il fait très chaud, comme cet été, les animaux préfèrent rester à l'intérieur, là où il y a de l'ombre, des aliments frais et de l'eau. La nuit, on dirait toutefois que les vaches préfèrent aller dehors.»

Sortie obligatoire en Suède

Obligatoire en Suède, la sortie des vaches au printemps est devenue un spectacle couru des badauds, qui aiment les voir retrouver un peu de liberté.

Au Québec, les 5800 vaches produisant du lait biologique (moins de 2% des 360 000 vaches laitières de la province) doivent également avoir accès à l'extérieur, lorsque la température le permet.

D'ici une dizaine d'années, l'ensemble des producteurs laitiers du Québec devront permettre aux vaches de prendre l'air, estime Frédéric Marcoux, producteur laitier de la Beauce. «On se doute tous un peu que ça va arriver, pour des questions de bien-être animal», prédit-il. Pour le moment, seules les génisses et les vaches taries sortent, du côté de la ferme des Marcoux.

«Je sens un petit vent de retour au pâturage, soutient également M. Adam. Mais il est vraiment faible pour l'instant.»

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En chiffres

> Le Québec compte 360 000 vaches laitières dans 5900 fermes

> 34% des vaches sont allées au pâturage à l'été 2010

> 5800 vaches produisent du lait certifié biologique et ont un accès obligatoire à l'extérieur.

Sources: Statistique Canada, Valacta et CARTV.