Deux jeunes enfants luttent pour leur vie après avoir été trouvés inconscients dans la piscine familiale, la fin de semaine dernière. La Société de sauvetage du Québec, préoccupée par les nombreuses noyades survenues en ce début de saison, souhaite que les règles de sécurité imposées aux nouvelles piscines soient étendues aux anciennes installations.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

Samedi soir, un bambin de 3 ans a d'abord été trouvé au fond de la piscine creusée de sa résidence de Sainte-Martine, en Montérégie. Il aurait échappé à la vigilance de ses parents pendant un bref instant avant de tomber à l'eau. Dimanche soir, à Terrebonne, un petit garçon de 2 ans a aussi été trouvé au fond d'une piscine. Hier, les deux enfants étaient toujours à l'hôpital dans un état critique.

Si les noyades dans les piscines résidentielles ne représentent qu'une noyade sur dix, les jeunes enfants y sont particulièrement vulnérables. Le tiers des victimes de noyades dans les piscines privées ont en effet moins de 5 ans, selon une étude du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) de 2010.

La Société de sauvetage du Québec attend les rapports du Bureau du coroner pour se prononcer sur l'efficacité des nouvelles règles de sécurité imposées aux nouveaux propriétaires de piscine. Mais déjà, son directeur général, Raynald Hawkins, estime que ces mesures devraient être étendues aux piscines déjà en place.

Ces nouvelles règles exigent d'abord l'aménagement d'une enceinte clôturée de 1,2 m de hauteur autour des piscines. De plus, les appareils de filtrage ou de chauffage doivent être installés à au moins un mètre du bassin pour éviter de servir de marchepied aux enfants. Les municipalités doivent également délivrer un permis pour l'aménagement d'une piscine.

Dur début de saison

La saison estivale 2012 commence bien mal sur les plans d'eau du Québec: on déplore déjà 32 noyades cette année. À pareille date l'an dernier, on en dénombrait 23.

Il est toutefois difficile d'y voir une tendance. Après un bon début d'année en 2011, les mois de juillet et d'août avaient été catastrophiques: pas moins de 47 personnes s'étaient noyées durant cette période l'an dernier.

À l'inverse, 2010 avait connu un début difficile, mais au total, l'année s'était soldée par un bon bilan. En date du 25 juin 2010, 45 personnes étaient mortes par noyade. Les Québécois avaient toutefois redoublé de vigilance pendant le reste de la saison, si bien que le bilan annuel de 78 morts était sous la moyenne.

La Société de sauvetage explique ce difficile début de saison par le temps chaud que connaît le Québec depuis quelques semaines. «Ça fait en sorte que les activités de baignade et nautiques ont débuté plus tôt que les autres années», affirme Raynald Hawkins. Or, la Société de sauvetage observe sur les plans d'eau, en été, le même phénomène qu'on peut noter sur les routes au début de l'hiver: les gens n'ont pas repris leurs habitudes de prudence, de sorte que davantage d'accidents semblent survenir.

On déplore en moyenne chaque année 81 noyades au Québec depuis le début des années 2000. C'est une nette amélioration par rapport aux années 90, où la moyenne était de 125 noyades par an. L'année 1996 avait été particulièrement mortelle: 146 personnes avaient perdu la vie dans l'eau.

Un rapport du MELS de 2010 souligne que la noyade est la principale cause de mort dans le cadre d'activités récréatives, devant les accidents de vélo. Les deux tiers des noyades surviennent dans un lac ou une rivière.

Les hommes courent nettement plus de risques de mourir par noyade: année après année, on dénombre quatre victimes de sexe masculin pour chaque victime de sexe féminin. Ces statistiques seraient liées à la popularité de la pêche, du canot et du kayak chez les hommes. Pour les sensibiliser, la Société de sauvetage a mis en ligne une publicité-choc, qui a été vue près de 100 000 fois. La vidéo semble s'inspirer d'une annonce de vente d'un bateau de pêche. C'est la raison de la vente de l'embarcation qui frappe: noyade du propriétaire.