Le premier ministre polonais Donald Tusk s'est dit dimanche «fier» et «ému» en rencontrant en Ontario des Canadiens d'origine polonaise, mais des manifestants compatriotes ont tenté de perturber sa visite en dénonçant sa position sur la catastrophe aérienne de Smolensk.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Les habitants de Wilno, descendants d'immigrés venus de la région de Kaszuby, dans le nord de la Pologne, dont M. Tusk est lui-même originaire, lui ont réservé un accueil chaleureux et bon enfant dans cette région de basses collines couvertes de forêts à 180 km à l'est d'Ottawa.

Mais d'autres immigrés polonais, une quarantaine, sont venus de Toronto et d'Ottawa pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme l'alignement de Varsovie sur Moscou et l'abandon de l'enquête sur la catastrophe aérienne en Russie ayant coûté la vie au président Lech Kaczynski et à de nombreux responsables polonais.

Tenus à l'écart de l'église Saint-Stanislas où M. Tusk était reçu par la communauté locale, mais compensant la distance et leur faiblesse numérique par un système de sonorisation puissant, ils ont brandi banderoles et pancartes en anglais et en polonais pour demander une enquête internationale sur la catastrophe de Smolensk et exiger la démission des gouvernants polonais actuels, qualifiés de «traîtres».

«C'est une conspiration russo-polonaise», affirmait Witold Szalankiewicz, établi depuis une vingtaine d'années à Ottawa et déclarant manifester à titre personnel «en tant que Polonais», alors que certains autres militants, en majorité des femmes retraitées, se réclamaient de l'Union nationale polonaise, un groupe conservateur peu connu.

La catastrophe de Smolensk, le 10 avril 2010, avait forcé M. Tusk à annuler au dernier moment sa visite programmée il y a deux ans au Canada.

Accueilli très chaleureusement par les Ontariens se réclamant de la même minorité ethnique que lui, M. Tusk a loué leur attachement à la culture de leurs ancêtres qui a permis par exemple la préservation de leur dialecte dans leurs familles jusque dans la cinquième génération depuis celle qui avait franchi l'Atlantique.

Auparavant, il a visité un musée local composé de plusieurs maisons faites de gros troncs d'arbres, comme celles des pionniers polonais dont les premiers s'étaient établis dans la région en 1858.

Puis il a été à nouveau interpellé sur l'actualité polonaise, des journalistes lui demandant de commenter la manifestation vendredi devant le parlement de Varsovie contre la loi fixant l'âge de la retraite à 67 ans contre 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes auparavant.

«Les syndiqués ont le droit de manifester. Mais si quelqu'un en Pologne croit qu'une telle pression physique peut influencer le processus législatif, s'il veut ériger cela en méthode, cela pourrait être dangereux. Et c'est condamné à l'échec», a dit le premier ministre polonais.

Arrivé samedi soir à Ottawa pour une visite de trois jours, M. Tusk doit s'entretenir lundi avec son homologue canadien Stephen Harper. Dimanche après-midi, il a visité une mine de cuivre en Ontario achetée en mars dernier par le géant polonais du cuivre KGHM pour 3,9 milliards de dollars, dans la région de Sudbury.