Le caribou, le phoque et l'omble chevalier - un poisson arctique - font un retour sur les menus des centres de la petite enfance du Nunavik. Une façon, peut-être, de contribuer au développement des enfants.

Publié le 26 févr. 2012
Pascale Breton LA PRESSE

Près d'un enfant inuit sur cinq manque de fer. Une carence qui peut nuire à leur développement et même entraîner des troubles d'apprentissage lorsqu'ils commencent l'école. Depuis quelques années, les centres de la petite enfance (CPE) sont mis à contribution pour tenter de corriger le tir.

De nouveaux menus intégrant davantage la nourriture traditionnelle - riche en fer - ont été conçus. Une initiative parmi tant d'autres.

«Dans les CPE, on regarde les grands problèmes qui touchent les enfants et on utilise les services de garde pour améliorer certains facteurs, si on le peut», souligne Margaret Gauvin, directrice du service responsable des services de garde à l'Administration régionale Kativik.

Le programme éducatif met l'accent sur la culture et la langue inuites. Ici, les éducatrices ne racontent pas l'histoire de Blance-Neige et de sa méchante belle-mère. Sur ce vaste territoire où la toundra est reine, les histoires servent plutôt à éduquer les enfants et à les mettre en garde contre les dangers qui les entourent.

Les livres d'histoire et les cahiers d'activités ont été créés spécialement pour les enfants du Nunavik, en inuktitut.

Les enfants apprennent que le caribou qui se trouve dans leur assiette a d'abord été chassé puis dépecé. Que les renards blancs qu'ils croisent peuvent être porteurs de la rage. Qu'il faut faire attention aux motoneiges qui arrivent à vive allure avant de traverser la route.

Les CPE constituent une nouveauté récente dans le paysage inuit où il n'était pas d'usage de faire garder ses enfants par des étrangers. Ils sont pourtant rapidement parvenus à s'implanter dans les communautés.

Les services de garde enrichissent l'économie des villages en plus de créer de l'emploi, rappelle Mme Gauvin. Les parents se sentent en sécurité de laisser leurs enfants. «Cette sécurité permet aux parents de rester dans leur emploi ou d'aller chercher plus d'éducation pour avoir un meilleur emploi.»

Les 16 installations existantes sont d'ailleurs pleines à craquer. Plusieurs parents n'obtiennent pas de place pour leurs enfants. Quelque 240 places supplémentaires verront le jour bientôt dans 5 nouveaux CPE.

Un programme de formation adapté à la réalité du Nord, uniquement en inuktitut, a été mis en place pour former les éducatrices. Rares étaient celles qui avaient un diplôme d'études secondaires, encore moins un diplôme en service de garde.

Grâce à cette formation sur mesure, 250 personnes ont obtenu une attestation collégiale. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire pour former toutes les éducatrices.

Malgré ses succès, le réseau de service de garde n'échappe pas à un problème qui touche l'ensemble des secteurs d'activité au Nunavik: l'absentéisme.

Traditionnellement, les Inuits vivent au jour le jour. Pour toutes sortes de raisons, parce qu'ils n'en ont pas envie, qu'il y a des problèmes à la maison ou parce qu'ils préfèrent aller à la chasse, beaucoup d'Inuits ne se présentent pas au travail le matin.

Quand une éducatrice est absente, les répercussions se font sentir dans toute la communauté. Les parents ne peuvent aller travailler. «Il y a un problème, reconnaît Mme Gauvin. Dans certains services de garde, les éducatrices sont en retard ou ne viennent pas. On n'a pas trouvé de solution.»