Leur mariage a été suivi par 2 milliards de personnes. Tout naturellement leur premier voyage officiel, qui commence aujourd'hui, sera un événement mondial suivi par près de 1300 journalistes étrangers. Kate et William -ou plutôt le duc et la duchesse de Cambridge, leur titre officiel- ne sont pas seulement le couple le plus célèbre du moment, mais aussi les futurs souverains du Canada. Le gouvernement fédéral leur déroule le tapis rouge: Patrimoine Canada prépare depuis plusieurs mois l'itinéraire du couple et un drapeau spécial a même été créé pour le duc de Cambridge. Mais cela sera-t-il suffisant pour redorer le blason de la monarchie au Canada? Rien n'est moins sûr.

Anabelle Nicoud LA PRESSE

Une visite au Canada, mais pour quoi faire?

Les experts de la monarchie s'accordent à le dire: ce premier voyage définira les relations du futur roi avec le Canada. La reine mère, qui a passé six semaines au Canada en 1939 aux côtés de son mari George VI, a déjà affirmé que leur séjour leur avait permis de s'affirmer comme un couple royal. Élisabeth II est quant à elle venue pour la première fois au Canada à l'âge de 25 ans, en 1951. Depuis, elle entretient une relation «personnelle» avec le Canada, croit Kevin MacLeod, le secrétaire canadien de Sa Majesté et porte-parole de cette tournée officielle.

Selon lui, la visite n'est pas seulement symbolique. «La Couronne est bien plus qu'un symbole, selon moi. C'est une réalité de notre système politique, ça touche notre identité comme Canadiens. Nous ne sommes pas des Américains, nous avons une identité différente, nous avons d'autres symboles, comme la fleur de lys, le castor, Bonhomme Carnaval ou la Couronne. Ces choses reflètent notre identité collective», dit-il.

Selon la Ligue monarchiste du Canada, ces visites rapprochent les Canadiens de leurs monarques. «Les gens veulent voir un visage humain: c'est plus intéressant de s'attacher à quelqu'un de vivant qu'à un drapeau», croit le porte-parole francophone de la ligue, Étienne Boisvert.

Hugo Cyr, professeur de droit à l'UQAM, relativise toutefois l'importance de la Couronne. «Dans la Constitution actuelle, sur le papier, le gouverneur général a pris des pouvoirs immenses, mais ils sont très peu exercés, car la légitimité démocratique est très faible.»

Le jeune couple royal peut-il redorer le blason de la monarchie au Canada?

Le monde entier aura les yeux rivés sur les apparitions officielles du couple: on est loin de l'indifférence qui avait entouré le passage de Charles et Camilla au Canada, il y a deux ans. Plus jeunes, plus modernes, Kate et William pourraient profiter de leur popularité pour dépoussiérer la monarchie. «Ce n'est pas pour rien que David Beckham était à leur mariage. Ils ne veulent pas répéter les erreurs du prince Charles et ils savent qu'ils ont besoin d'un appui populaire», observe William Raillant-Clark, 29 ans, jeune Québécois attaché à la tradition monarchique.

«C'est une façon aussi de ramener des symboles dans une société où ils s'effondrent», croit la chanteuse Florence K, qui se produira devant le couple au concert du 1er juillet.

Comment le programme des réjouissances a-t-il été prévu?

L'homme derrière le rodéo et les autres jeux autochtones inscrits au programme, c'est Kevin MacLeod: depuis 1987, il organise chaque visite de la famille royale au Canada. Pour les jeunes mariés, il a dû respecter les consignes de Clarence House et bâtir un programme tenant compte de leur intérêt pour «les jeunes, la santé et l'athlétisme». Vient ensuite le subtil alliage entre les intérêts de la famille royale et ceux des gouvernements du Canada et des provinces et territoires. «Ce n'est pas facile», admet-il, mais il y a toujours une certaine flexibilité. Le couple est libéré de ses obligations pour une seule journée, à Calgary.

Quel protocole s'applique avec le duc et la duchesse?

Complexe, le protocole? Peut-être pas, mais les règles à suivre en présence de la reine, qui font l'objet d'un guide en ligne sur le site de Patrimoine Canada, contient quelques rappels étonnants.

Ainsi, il faut éviter d'appeler la souveraine par son prénom, et plutôt dire, quand on s'adresse à elle pour la première fois, «Votre Majesté». À 29 ans toutefois, Kate et William préfèrent des rapports plus détendus, selon Kevin MacLeod. «Contrairement à la reine, on peut entamer la discussion avec le duc et la duchesse. C'est plus facile pour eux que quelqu'un commence la conversation», dit-il.

La révérence n'est pas obligatoire, mais peut être un plus. «Ne pas le faire n'est pas un manque de respect, mais pour moi, qui travaille depuis 1987 avec la famille royale, c'est un mouvement naturel. Si l'on rencontre le pape, il y a des choses que l'on doit faire. C'est normal, c'est la politesse», précise M. MacLeod.

Les quidams qui rencontreront le couple auront-ils un cours de protocole 101?

Oui et non.

À Montréal, les élèves et professeurs de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec (ITHQ) qui participeront à un atelier, samedi, avec «leurs Altesses royales» auront un cours sur la question, mais pas les enfants ni les parents du CHU Sainte-Justine, où s'arrêtera aussi le couple samedi. «Je pense que ce sera une visite très naturelle, qui témoignera de nos activités. Il n'y aura rien d'artificiel», répond le Dr Brunet, directeur général de Sainte-Justine. Kevin MacLeod recommande quant à lui de rester naturel en toutes circonstances. «Le duc et la duchesse veulent rencontrer le plus grand nombre de Canadiens possibles », souligne-t-il.

Qui voyagera avec le couple?

Kate et William ont le déplacement léger.

Kate se passera ainsi de dame de compagnie et d'habilleuse -bien qu'elle apporte près de 40 tenues avec elle, selon des indiscrétions parues dans la presse britannique. «Seulement» sept personnes vont voyager avec eux au Canada: cela constitue un aréopage plus compact que celui qui, habituellement, se déplace avec la reine lors de ses visites. «Quand elle est ici, la reine travaille. Il y a un secrétaire particulier, et elle continue de signer tous les papiers pour le gouvernement britannique. Elle travaille tout le temps, c'est incroyable», s'étonne M. MacLeod.

La simplicité volontaire du couple (toutes proportions gardées) contribue au vent de fraîcheur souvent associé au jeune duc et à sa femme.

Où manifester contre cette visite?

Qui dit monarchie dit antimonarchie.

Le couple sera ainsi accueilli par plusieurs groupes opposés à la monarchie, et notamment par le Réseau de résistance du Québécois (RRQ), qui a prévu dimanche une manifestation intitulée «William dégage!» à Québec. «Dans tout ce qui concerne l'histoire de la conquête, la Couronne est toujours derrière. La cible n'est pas le couple, mais bien l'institution qu'il représente. La royauté vient quand même chez nous se pavaner à nos frais! On ne laissera pas passer ça sans broncher», promet Patrick Bourgeois, porte-parole du RRQ. Les Montréalais ne seront pas en reste, puisque le Mouvement pacifique pour l'indépendance du Québec propose une manifestation satirique samedi après-midi, près de l'ITHQ.