Faut-il voir la multiplication des aliments halal comme un indice d'une islamisation de nos sociétés? Pas selon Khadiyatoulah Fall, professeur à l'UQAC qui mène une recherche sur le marché halal en contexte occidental.

Marie Allard LA PRESSE

S'il y a une clientèle intéressée par ces produits, c'est «pour de multiples raisons (culturelles, identitaires, sanitaires) qui ne sont pas toutes indexées sur une pratique assidue de la religion», a-t-il expliqué. Le fait que les aliments halal soient maintenant vendus dans des grandes surfaces «traduit combien la logique économique de l'offre et de la demande ne connaît pas de frontières confessionnelles», tout simplement. On est face à l'émergence d'une «ethnic business» qui «capte à son profit la symbolique islamique», a-t-il observé.

En ce qui concerne l'observance des règles, «c'est de loin l'interdit du porc qui demeure le plus prégnant» parmi toute la population musulmane, a indiqué M. Fall.

Il est vrai que le halal «peut déstabiliser des sociétés» dans lesquelles les institutions religieuses ont perdu de leur influence, a reconnu le professeur. D'autant plus que «le christianisme moderne a lui-même tenté de dépasser la problématique du licite et de l'illicite dans l'alimentation», a-t-il relevé. Mais même l'Église catholique, a-t-il souligné, tente aujourd'hui de revaloriser la pratique du carême...

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Le marché mondial Halal

> Près de 25% de la population mondiale est musulmane.

> Le marché des aliments halal représente 17% de l'industrie alimentaire mondiale.

> Les exportations de produits canadiens vers les principaux marchés de produits halal ont dépassé 3,2 milliards en 2010.

> Les multinationales comme Tesco, McDonalds et Nestlé contrôlent 90% du marché mondial des produits halal.

Source: Marché mondial des aliments halal, Service d'exportation agroalimentaire d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, mai 2011