Michel Arsenault déplore le traitement que les médias réservent à la FTQ. Selon lui, les journalistes occultent les grands enjeux sociaux défendus par le syndicat au profit de controverses exagérées.

Publié le 4 déc. 2010
Francis Vailles LA PRESSE

«À la FTQ, on croit à la liberté de presse. Mais on vit depuis deux ans au Québec une espèce de téléréalité où les perceptions sont plus importantes que la réalité. Il y a énormément de concurrence entre les médias, et il y en a qui n'ont pas joué franc-jeu avec la FTQ», a dit M. Arsenault, au cours d'une entrevue.

Hier, au terme du congrès de la FTQ, il a été réélu président de la centrale par acclamation. Michel Arsenault n'a fait face à aucun opposant, comme c'est le cas à la centrale syndicale depuis 44 ans. Il entreprend un deuxième mandat de trois ans.

La semaine dernière, l'entrepreneur en construction Paul Sauvé a soutenu que la FTQ avait des liens avec le crime organisé, ce que M. Arsenault a nié vigoureusement. Depuis deux ans, les médias ont également fait des reportages sur l'intimidation dans des chantiers de construction et sur les liens entre l'ex-DG de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, et la mafia.

Il a également été question des liens d'amitié de Michel Arsenault avec l'entrepreneur Tony Accurso, dont des entreprises font l'objet d'une enquête de Revenu Canada pour fraude fiscale.

«Les médias peuvent parler pendant deux ans des notes de frais d'une seule personne à la FTQ (NDLR: Jocelyn Dupuis), une affaire grossièrement exagérée qui s'en va en cour, mais on ne parle pas des grandes batailles. Nous, on veut mettre l'accent sur les enjeux sociaux. L'égalité sociale, c'est pour ça que je fais du syndicalisme», a-t-il dit.

Concernant les dossiers litigieux, Michel Arsenault rappelle que toute personne est présumée innocente jusqu'à preuve du contraire. «Ça n'a plus de sens. Quelqu'un peut être masqué à la télé, accuser une autre personne, et le lendemain matin la personne est jugée coupable par la population. Est-on une société de l'Inquisition? C'est ce genre de choses que les congressistes de la FTQ ont dénoncées cette semaine», a-t-il dit.

Commission d'enquête

La présomption d'innocence est l'une des raisons qui ont incité la centrale syndicale à se rallier à l'idée de tenir une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, récemment. Cela permettrait notamment à la FTQ de contre-interroger des témoins à visage découvert si elle fait l'objet d'accusations, espère M. Arsenault.

Le syndicaliste admet qu'il pourrait y avoir collusion au Québec dans la construction, mais la preuve, selon lui, reste à faire: «Jamais nous ne cautionnerons que nos routes coûtent 30% plus cher. On a salué l'escouade Marteau. Il faut maintenant faire la preuve de ça.»

Cette semaine, les délégués des syndicats affiliés à la FTQ ont voté pour l'établissement d'un code d'éthique pour la centrale. Chacun des 13 principaux syndicats déléguera un représentant pour travailler à ce code d'éthique, qui sera fait avec des experts.

Les dirigeants syndicaux peuvent-ils accepter des cadeaux, comme une bouteille de vin? Peuvent-ils être membres rémunérés d'un comité gouvernemental? Peuvent-ils voyager aux frais d'un entrepreneur? Ce genre de questions sera débattu et le projet de code d'éthique sera soumis en conseil général à l'automne 2011.

Retraite et gaz de schiste

Le congrès de la FTQ a été l'occasion d'adopter des résolutions sur les grands enjeux de société. L'universalité et la gratuité des soins de santé, l'amélioration des conditions de retraite, mais aussi la mainmise sur nos richesses naturelles ont été au coeur des débats.

Michel Arsenault affirme qu'une personne sur deux au Québec vit avec des revenus de retraite de moins de 14 000$ par année. Il croit que le Régime des rentes du Québec (RRQ) doit être bonifié et qu'il faut profiter du mouvement favorable en ce sens au Canada anglais pour le régime équivalent (RPC).

Le Régime des rentes offre aux retraités une rente équivalant à 25% de leurs revenus de travail. Ces revenus sont plafonnés à 47 200$ aux fins du calcul. La FTQ suggère de faire passer progressivement cette rente à 50% et le plafond à 62 500$. «Le régime ne répond plus aux besoins», dit-il.

Les congressistes demandent également la tenue d'un colloque sur la nationalisation des ressources naturelles, notamment le gaz de schiste. Ils ont également voté pour le gel des droits de scolarité à l'université et de l'abandon graduel des subventions aux écoles privées.

Journal de Montréal

Les membres de la FTQ exigent également que les dispositions anti-briseurs de grève du Code du travail soient modernisées afin d'éviter des situations comme celle qui perdure au Journal de Montréal, où des journalistes externes font le travail des employés en lock-out.

«Le Québec est une société différente; il faut préserver ce modèle et l'améliorer. C'est vrai qu'on paye plus d'impôts au Québec, mais nous avons plus de services», fait valoir Michel Arsenault.