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La Marine intercepte le navire transportant des réfugiés tamouls

Un bateau militaire navigue devant le quai de... (Photo:Jonathan Hayward, PC)

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Un bateau militaire navigue devant le quai de la base navale d'Esquimalt à Colwood, en Colombie-Britannique, où le MV Sun Sea doit être conduit avec les 490 réfugiés tamouls à son bord.

Photo:Jonathan Hayward, PC

La marine canadienne a arraisonné jeudi soir le MV Sun Sea, qui s'approchait de la côte ouest du pays, pour le diriger vers la base navale d'Esquimalt, près de Victoria dans l'île de Vancouver, selon des sources militaires. Les autorités craignent que des membres des Tigres tamouls se trouvent parmi ses quelque 490 passagers. Cette organisation est considérée comme terroriste et est bannie par Ottawa et Washington.

Pour le moment, on sait peu de chose sur les passagers, hormis qu'ils appartiennent à la minorité tamoule du Sri Lanka, qu'il y a parmi eux des femmes et des douzaines d'enfants. Certains seraient atteints de la tuberculose.

«Il y a beaucoup d'enfants, des enfants âgés de moins de 13 ans», a dit à La Presse Canadienne Lorne Waldman, qui a représenté plusieurs des migrants sri lankais qui sont arrivés au Canada de façon similaire en octobre dernier.

Des informations contradictoires circulaient jeudi soir sur la prise de contrôle du navire par les autorités.

Plus tôt en journée, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, avait affirmé que les hommes de la frégate HMCS Winnipeg étaient passés à l'action parce que le MV Sun Sea, qui se trouve au large de la Colombie-Britannique, avait changé de cap.

«Le Winnipeg a tenté à plusieurs reprises d'établir le contact avec le Sun Sea. Lorsqu'il y est parvenu, une personne à bord a affirmé que les passagers étaient des réfugiés», avait déclaré M. Toews.

Le ministre avait soutenu que certaines personnes à bord étaient des terroristes et des criminels. «Le passage clandestin et la traite de personnes sont des crimes méprisables, illégaux et dangereux», a-t-il dit.

Selon lui, les trafiquants d'êtres humains observent la réaction du Canada. Il a promis de traîner les criminels en justice et de les empêcher de profiter du système.

On ne savait pas jeudi si les autorités canadiennes avaient l'intention de laisser le navire accoster ou envisageaient encore de le refouler.

Des responsables provinciaux en Colombie-Britannique ont confirmé que des hôpitaux et des prisons se préparaient à accueillir plusieurs centaines de migrants, dont des femmes et des enfants. Des tentes ont été dressées à proximité de la base navale d'Esquimault, près de Victoria.

Le cargo, qui bat pavillon thaïlandais, a quitté le Sri Lanka au printemps en direction de l'Australie, mais il a changé de cap en cours de route.

Un bateau des Tigres tamouls

Ayant combattu pendant 25 ans les forces gouvernementales sri-lankaises, les Tigres tamouls, qui demandent l'indépendance du nord du Sri Lanka pour la minorité tamoule, ont été défaits en 2009. Depuis, le gouvernement sri-lankais soupçonne les leaders du mouvement qui ont survécu aux derniers assauts militaires de vouloir quitter le pays afin de remettre sur pied leur organisation décimée. Les années de guerre ont fait de 80 000 à 100 000 morts.

Des organisations tamoules, de leur côté, disent que la persécution que subissent les populations civiles tamoules aux mains de la majorité cinghalaise bouddhiste oblige des familles entières à s'exiler. «C'est un voyage extrêmement dangereux, mais les gens l'ont entrepris parce qu'ils ne voient pas d'autre issue», a dit à La Presse le président du Congrès tamoul du Canada, David Poopalapillai.

Des précédents

Au mois d'octobre, un premier navire de demandeurs d'asile tamouls, l'Ocean Lady, a réussi à atteindre la Colombie-Britannique. Les autorités fédérales ont détenu les 76 personnes à bord et fait des vérifications sur leurs antécédents. Toutes ont finalement été relâchées et attendent maintenant que la Commission de l'immigration et du statut de réfugiés se penche sur leur cas.

«Aujourd'hui, on demande au gouvernement canadien de réserver le même sort aux passagers du MV Sun Sea, de les respecter et de les laisser faire une demande d'asile si c'est ce qu'ils désirent», a dit Coleen French, du Centre canadien des réfugiés, une opinion que partage aussi Amnistie internationale.

Contrairement à l'Australie, depuis 50 ans, le Canada n'a jamais détourné un navire de migrants qui se dirigeait vers ses côtes. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, des bateaux qui avaient à leur bord un nombre important de Juifs européens avaient été renvoyés vers l'Europe en plein Holocauste.

Cependant, devant les directives de plus en plus restrictives mises en place par le gouvernement conservateur de Stephen Harper pour limiter les arrivées de demandeurs d'asile (voir autre article), plusieurs observateurs craignent que les autorités rompent avec cette tradition à l'arrivée du MV Sun Sea.

À ce sujet, le gouvernement canadien se limite à dire que l'Agence des services frontaliers «travaille en étroite collaboration avec ses partenaires en sécurité afin de surveiller la situation» et que la «recevabilité de toute personne cherchant à entrer au Canada est évaluée au cas par cas et sur l'information présentée au moment de l'entrée».

De son côté, le ministère des Affaires étrangères a annoncé que «les individus reconnus responsables du passage d'immigrants clandestins feront l'objet d'une enquête et de poursuites dans toute la mesure de la loi canadienne et conformément aux conventions et aux protocoles internationaux».

Le cas du MV Sun Sea fera école, selon Rohan Gunaratna, expert des Tigres tamouls qui dirige un centre de recherche à Singapour et est l'un des premiers à avoir annoncé le voyage du MV Sun Sea. Dans une entrevue accordée au Globe and Mail cette semaine, il a affirmé que deux autres navires sont en attente. «À cause de la réponse du Canada à l'Ocean Lady l'an dernier, les Tigres tamouls y ont envoyé le MV Sun Sea. Selon la réaction du Canada, les deux autres navires suivront ou pas. Ils sont en train d'amasser l'argent des passagers.»

Avec la collaboration d'Hugo de Grandpré, du Toronto Star, de l'AFP et de La Presse Canadienne




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