Après avoir été déclaré coupable il y a deux semaines d'avoir agressé sexuellement un jeune garçon, le prêtre montréalais Brian Boucher a admis ce matin qu'il avait fait une autre victime.

Mis à jour le 21 janv. 2019
Isabelle Ducas LA PRESSE

Il a plaidé coupable d'avoir abusé d'un autre adolescent, au milieu des années 90, alors qu'il était curé de la paroisse St. John Brébeuf, à LaSalle.

Le plaignant dans cette deuxième affaire avait témoigné au premier procès de Brian Boucher, qui a mené à un verdict de culpabilité le 9 janvier dernier.

Le jeune homme, maintenant âgé dans la trentaine, avait raconté avoir été agressé sexuellement par le prêtre alors qu'il avait entre 13 et 18 ans. Il l'avait rencontré lors des activités d'un camp de jour organisé par la paroisse.

Les agressions «se produisaient une à deux fois par semaine», a souligné la juge Patricia Compagnone, en résumant le témoignage du plaignant dans son jugement, à l'issue du premier procès.

L'adolescent se retrouvait souvent seul en auto avec le prêtre, qui a commencé à lui toucher les cuisses, en évoluant progressivement vers son entrejambe.

«Ces balades en voiture se terminent souvent au motel, où ils prennent tous les deux une douche», a indiqué la juge Compagnone. «Puis, [Boucher] lui donne des leçons au sujet de comportements sexuels interdits, qui se terminent par une agression.»

«Sur le chemin du retour, ils s'arrêtent souvent à l'église pour qu'il confesse ses comportements sexuels inappropriés.»

Le prêtre catholique de 56 ans niait depuis le début les gestes qui lui sont reprochés.

«Selon les faits exposés lors du premier procès, et selon le témoignage rendu par le plaignant, il a décidé de plaider coupable, reconnaissant maintenant les faits qui ont été niés lors du premier procès», a indiqué la procureure de la couronne, Me Annabelle Sheppard.

Brian Boucher a plaidé coupable à deux accusations, pour attouchements sexuels et avoir incité un jeune de moins de 14 ans à le toucher.

À la suite du premier procès, il a été reconnu coupable d'avoir agressé sexuellement un jeune garçon servant la messe dans sa paroisse Our Lady of Annunciation, à Mont-Royal, alors qu'il avait entre 12 et 15 ans.

Les agressions se sont produites de 2008 à 2011, dans la chambre à coucher du prêtre, au presbytère de la paroisse. Elles ont commencé par des attouchements, pour ensuite mener à du sexe oral et à des relations anales.

Les sentences du prêtre pour ces deux affaires seront prononcées le 25 mars.

Me Sheppard avait déjà indiqué qu'elle comptait réclamer une peine de pénitencier, donc plus de deux ans derrière les barreaux, pour Brian Boucher, qui est toujours libre pour le moment.

À la suite du plaidoyer de culpabilité, l'Archevêché de Montréal a salué le courage des victimes qui ont porté plainte contre le prêtre.

«C'est un scandale qui cause une immense tristesse. Ça va complètement contre Jésus Christ et son Église», a souligné l'archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, par voie de communiqué, alors qu'il se trouve actuellement au Panama dans le cadre des Journées mondiales de la jeunesse avec le pape François.

«Nous n'accepterons jamais que de tels crimes soient commis et qu'ils restent dans l'ombre.»

Reprise du procès canonique

Dans le cas de l'abbé Boucher, l'archevêché rappelle qu'il l'a retiré de tout ministère sacerdotal et a ouvert une enquête dès la première plainte reçue de l'une des victimes en décembre 2015.

Cette enquête s'est achevée au printemps 2016 et, en juillet 2016, le Vatican a autorisé l'archevêché à entamer un processus pénal administratif, ce qu'il nomme un procès canonique. Le dossier d'enquête a aussi été transmis à la police.

Cependant, le procès canonique, qui était presque terminé lorsque des accusations criminelles ont été portées en mars 2017, a été temporairement suspendu pour la durée des procédures en cours et pourra reprendre avec la conclusion des deux procès criminels.

Les procès administratifs canoniques peuvent mener à un certain nombre de sanctions canoniques, dont la plus grave est le renvoi de l'état clérical.