La plume acérée de Gilles Proulx vient de lui valoir une condamnation pour diffamation en Cour supérieure.

Christiane Desjardins LA PRESSE

Le chroniqueur du Journal de Montréal doit payer 45 000 $ à la présidente du syndicat de la Fonction publique, Lucie Martineau, pour l'avoir traitée, de «Tartuffe», de menteuse, d'apparatchik, et avoir insinué qu'elle faisait du chantage auprès du gouvernement.

La chronique en question a été publiée en février 2010. Le juge Robert Mongeon estime que M. Proulx y a tenu des propos insultants et injurieux à l'égard de Mme Martineau.

Dans cette chronique intitulée : «Qui est malade? Le fonctionnaire ou la fonction publique», M. Proulx y allait d'une charge à fond de train contre le fait que, selon une rumeur, des milliers de fonctionnaires envisageaient de prendre leur retraite, parce que le gouvernement songeait à abolir leur banque de congés de maladie accumulée. Le syndicat était alors en pleine négociation de la nouvelle convention collective. La nouvelle avait été rapportée quelques jours auparavant dans le Journal de Montréal. M. Proulx a décidé d'y faire écho dans sa chronique.

Ronds-de-cuir

«Ces jours de paie supplémentaires pour ceux qui ont déjà été payés normalement servent à encourager l'assiduité», nous assure effrontément Lucie Martineau, la présidente du syndicat de la fonction publique. Quelle «Tartuffe» cette femme! Que fait Lucie Martineau de ceux qui paient des impôts et des taxes pour elle et les siens sans avoir eux-mêmes de tels privilèges?

«Si Robin des Bois revenait sur terre, il décocherait sa première flèche aux apparatchiks comme Lucie Martineau. C'est anormal qu'il soit devenu «normal» qu'autant de ronds-de-cuir prennent une «sabbatique» de six ou sept mois, avec plein salaire, juste avant de prendre leur retraite...», écrivait entre autres M. Proulx. Plus loin, il prédisait que Jean Charest allait gagner les prochaines élections, parce qu'il allait céder au «chantage de Lucie Martineau et de sa clique.»

Le juge trouve que le sujet de la chronique était d'intérêt public, mais est d'avis que certains propos étaient «inutiles et gratuits.» Le message était clair, dit-il. Il évalue cependant qu'en «personnalisant le débat, M. Proulx voulait atteindre Mme Martineau dans son intégrité, la blesser et lui faire du tort.»

«M. Proulx est un journaliste chevronné qui manie la langue française avec une rare habileté et une érudition remarquable. Il n'écrit pas pour ne rien dire et son choix de mots et d'images littéraires ne tient pas du hasard», note le juge.

Le magistrat relève par ailleurs que M. Proulx n'apprend pas beaucoup de «ses erreurs passées, ni des remarques des tribunaux à son égard.» M. Proulx a été condamné deux fois dans le passé pour ce genre de propos, alors qu'il était animateur de radio.

Mme Martineau demandait 100 000 $ en dommages moraux et 25 000 $ en dommages punitifs. Mais le juge a réduit les sommes, vu les dommages modérés. Son entourage a réagi aux propos, signale le juge, mais elle n'a pas subi de sarcasmes, ni d'insinuations de mauvais goût. Par ailleurs, Mme Martineau n'a pas perdu d'argent, n'a pas été traitée médicalement, ne s'est pas absentée du travail, et c'est son organisation syndicale qui assumait les frais extrajudiciaires.

En appel

La décision du juge Mongeon pourrait être portée en appel, mais aucune décision n'a encore été prise, a indiqué Me Martin Tremblay, vice-président aux affaires publiques de Québecor Média. «Le jugement crée des limites à la liberté de presse. Nos avocats sont toujours à l'analyser», a-t-il dit.