Sept semaines après une fusillade qui a fait un blessé à la sortie d'un restaurant de l'arrondissement de Saint-Léonard fin janvier, les policiers ne sont toujours pas parvenus à identifier la plupart des individus impliqués.

Mis à jour le 19 mars 2018
Daniel Renaud LA PRESSE

Cet événement, survenu durant l'après-midi du 25 janvier devant le restaurant À la Vieille Cheminée, sur le boulevard Métropolitain, a mené à l'arrestation de Girard Anglade, bientôt 41 ans, considéré par la police comme un tueur à gages, et qui a été blessé dans la fusillade.

En fait, Anglade aurait été l'arroseur arrosé dans cette affaire, si l'on se fie au témoignage d'un policier entendu au premier jour de l'enquête sur remise en liberté du suspect.

Selon ce que l'enquêteur Bruno Pelletier, de la section Crime de violence de la division Est du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), a raconté, trois hommes de race blanche « parlant français avec l'accent québécois » ont partagé un repas dans le restaurant, vers 14 h 30.

L'un d'eux est d'abord arrivé seul, à bord d'une voiture de marque Volkswagen de couleur bleu marine. Les deux autres - dont l'un avait le crâne rasé et portait la barbe - sont arrivés 15 minutes plus tard, à bord d'un VUS Dodge Durango noir. Trois minutes après l'arrivée de ceux-ci, un VUS Kia Sportage s'est garé devant une borne de recharge électrique dans le stationnement du restaurant, ce qui a attiré l'attention de deux employés de l'établissement.

SON ARME S'ENRAYE

Le trio a mangé ensemble durant environ une heure trente. Il a été filmé par des caméras de surveillance. À 15 h 56, le client arrivé seul, qui portait une casquette et un manteau d'hiver avec col de fourrure, est sorti du restaurant et a marché en direction de son véhicule Volkswagen. Tout à coup, une personne vêtue de noir, tenant un pistolet muni d'un silencieux, s'est approchée de lui d'un pas rapide et a braqué son arme en sa direction.

Selon l'enquêteur, l'arme du tireur s'est enrayée après un coup. Le client pris pour cible s'est alors retourné, a sorti une arme à son tour et a tiré à plusieurs reprises en direction de l'homme en noir. Ce dernier a alors abandonné son pistolet, a sauté par-dessus la clôture du stationnement d'Urgences-santé et a couru en direction de la rue Jarry, le bras gauche ballottant.

Pendant ce temps, le mystérieux VUS Kia Sportage a démarré en trombe, la porte du côté passager entrouverte, et s'est immobilisé dans le stationnement d'un restaurant de la rue Jarry où il a cueilli le tireur, avant de s'évaporer dans la nature.

Des employés du restaurant ont communiqué avec le 911. Sur les lieux, les policiers ont trouvé l'arme de l'homme en noir et sept douilles percutées de calibre 40.

À 19 h 56, les enquêteurs ont reçu un appel des responsables de l'hôpital Pierre-Le Gardeur qui leur ont dit qu'un homme blessé par balles au bras gauche s'y était présenté. L'homme disait qu'on lui avait tiré dessus à Lachenaie et refusait que les médecins appellent la police. Mais un protocole les oblige à le faire.

Les enquêteurs du SPVM sont allés rencontrer le blessé et ont identifié Anglade. Ils ont saisi ses vêtements et obtenu des mandats pour faire une perquisition dans son logement de l'arrondissement de Montréal-Nord et dans un garage qu'il utilise. Dans le logement, les policiers ont trouvé des traces de sang, des munitions et un gilet pare-balles. Dans le garage, ils ont découvert des munitions de trois calibres différents.

Les policiers ont ensuite appris que le Kia Sportage avait été loué dans un commerce de Dorval. Anglade lui-même l'a loué pour la période du 2 au 17 janvier. Le 17, c'est une autre personne qui accompagnait Anglade qui l'a loué, jusqu'au 25 janvier, jour du crime, selon des images captées par les caméras de surveillance du commerce.

CONNU DU SPVM

Anglade a subi trois fractures au bras gauche et il a été opéré. Il a été arrêté et accusé d'avoir déchargé une arme dans un dessein dangereux et d'avoir possédé une arme. La police croit que le pistolet trouvé s'est enrayé parce que la première douille, après avoir été percutée, n'a pu être éjectée de la chambre, à cause du silencieux.

La Couronne s'oppose à la mise en liberté de l'accusé. Son enquête sur mise en liberté se poursuit jeudi prochain.

« M. Anglade est connu du service. Il est lié au crime organisé italien, aux motards et aux gangs de rue rouges et bleus. Selon nos informations, c'est une personne à qui l'on demande de passer des contrats et il serait lié à des homicides. C'est une personne criminalisée qui utilise souvent des armes à feu. Il a déjà été accusé de possession d'arme », a décrit l'enquêteur Bruno Pelletier.

Selon des sources, Anglade aurait été l'associé de Frederick Silva, un présumé tueur à gages recherché par les policiers depuis plusieurs semaines.

Depuis les événements du 25 janvier, certaines informations ont circulé voulant que l'homme qui se serait défendu et aurait tiré sur Anglade soit Paris Christoforou, un ancien motard de l'Ontario actuellement sur la corde raide, mais cette thèse est de moins en moins envisagée.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.

Photo La Presse

Assis à droite, l'individu au crâne rasé et arborant une barbe qui a mangé avec l'homme qui aurait ensuite tiré sur Girard Anglade.

Photo La Presse

Un des deux individus qui a mangé avec l'homme qui aurait tiré sur Girard Anglade.