L'un des acteurs les plus influents de la mafia montréalaise depuis plusieurs années, Andrew Scoppa, a été considéré par la Sûreté du Québec comme le « chef intérimaire de la mafia montréalaise » avant d'être arrêté, à l'automne 2016.

Mis à jour le 23 sept. 2018
Daniel Renaud LA PRESSE

C'est ce qu'a soutenu jeudi un officier de la SQ durant son témoignage au procès pour possession de plusieurs kilogrammes de cocaïne mettant actuellement en cause un ancien coaccusé de Scoppa, au palais de justice de Montréal.

« Andrew Scoppa avait le statut de chef intérimaire de la mafia de Montréal à ce moment-là », a répété à deux reprises un lieutenant de la division du crime organisé de la SQ, en réponse à des questions de Me Claude Olivier, avocat de l'accusé Maxime Hébert.

Ce serait la première fois qu'un policier affirme, durant un témoignage sous serment, que Scoppa était considéré comme le chef intérimaire de la mafia, et non pas seulement comme un chef de clan influent.

Andrew Scoppa, 54 ans, a été arrêté sans mise en accusation le 26 octobre 2016, dans le stationnement de la Tour des Canadiens, dans le cadre d'une enquête pour trafic de cocaïne de l'Escouade régionale mixte (ERM) Rive-Nord baptisée Estacade, enquête visant Scoppa et des complices. C'est en suivant l'un d'eux, Fazio Malatesta, que les limiers ont été dirigés vers le logement de Maxime Hébert, sur la 13e Avenue à Montréal, où ils ont trouvé des dizaines de kilos de cocaïne.

Durant l'enquête, les policiers ont installé un micro dans les véhicules successivement loués par Scoppa et son chauffeur, Nicola Valiente, et ont intercepté de nombreuses conversations entre les deux hommes.

Scoppa, Malatesta et Valiente ont été accusés en février 2017, mais le 11 mai dernier, ils ont bénéficié d'un arrêt du processus judiciaire alors que les démarches se poursuivent pour les autres coaccusés, dont Hébert.

ACCORD DE TORONTO ET DE L'ITALIE

Selon des documents policiers déposés dans le procès de Maxime Hébert, et qui citent des informations de sources compilées à partir de 2012, Andrew Scoppa aurait été une étoile montante de la mafia, respectée par le défunt parrain Vito Rizzuto, et aurait contrôlé le trafic de stupéfiants à Laval et dans plusieurs quartiers du nord de Montréal. Son bras droit aurait été Steve Ovadia, alias The Jew ou Ghost, assassiné en juin dernier.

En mai 2016, une autre source a dit à la police qu'Andrew et son frère Salvatore auraient reçu l'accord de la mafia de Toronto et d'Italie, qu'ils seraient les responsables de la mafia montréalaise et « les décideurs ». Rappelons toutefois qu'il s'agit d'informations de sources et que celles-ci n'ont pas été prouvées ou testées devant les tribunaux.

Dans l'une des conversations avec son chauffeur interceptée durant l'enquête Estacade, Scoppa affirme toutefois qu'il ne veut pas être le chef.

« Je ne veux pas être le patron. Pour l'être, vous devez viser à le devenir », dit-il à Valiente.

« Andrew Scoppa est probablement celui qui ressemble le plus à Vito Rizzuto dans ses stratégies au sein du crime organisé, et lui et son frère, même s'il existe des tensions entre eux, composent l'un des clans les plus forts de la mafia depuis des années. Mais ils sont toujours demeurés en retrait et savent tout, sur tous les acteurs du crime organisé. Ils sont probablement plus forts dans cette position qu'à la direction de la mafia », a pour sa part confié une source policière à La Presse.

AU GRÉ DES FRAPPES POLICIÈRES

En novembre 2015, jour de l'opération Magot-Mastiff qui a décapité le crime organisé montréalais, les policiers désignaient Stefano Sollecito et Leonardo Rizzuto, du clan des Siciliens, comme les chefs de la mafia de Montréal. Selon la Sûreté du Québec, qui a mené les enquêtes Magot-Mastiff et Estacade, la direction de la mafia montréalaise aurait donc changé un an plus tard.

Comme cela a été le cas pour tous les groupes visés durant chaque opération policière d'envergure contre le crime organisé depuis Colisée en 2006, le clan Sollecito-Rizzuto aurait été affaibli et d'autres auraient pris la relève. Rappelons de plus qu'entre le 1er mars et le 15 octobre 2016, trois membres importants du clan des Siciliens ont été assassinés, Lorenzo Giordano, Rocco Sollecito et Vincenzo Spagnolo.

Mais si Andrew Scoppa a été le chef intérimaire à l'automne 2016, la situation pourrait être différente aujourd'hui, tant les choses évoluent et les alliances sont encore fragiles au sein de la mafia montréalaise.

Le procès de Maxime Hébert se poursuit le 6 décembre avec les plaidoiries sur trois requêtes, dont une en arrêt du processus judiciaire, présentées par Me Olivier. Le criminaliste aguerri fait toutefois face à une opposition farouche de la part de la poursuite, assurée par MKarine Cordeau et Me Julien Gaudet-Lachapelle.

Durant le procès, présidé par la juge Linda Despots, un témoin a par ailleurs raconté une anecdote : les enquêteurs ont renoncé à utiliser le chien renifleur lors de la perquisition dans le logement de Maxime Hébert, car il était infesté de... punaises de lit.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse courriel de La Presse.

Photo déposée en Cour

Photo de filature de Fazio Malatesta et d'Andrew Scoppa prise durant l'enquête Estacade