C'est le branle-bas de combat chez les policiers depuis jeudi, alors qu'un porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ) et son père, l'ancien hockeyeur Guy Lapointe, ont été la cible de menaces de mort attribuées aux Hells Angels ou à leurs sympathisants.

Vincent Larouche LA PRESSE

Le Journal de Montréal révélait ce matin qu'une lettre acheminée au quartier général de la Sûreté du Québec (SQ) contenait des « menaces de mort sans équivoque » contre l'inspecteur Guy Lapointe, tout en visant au passage son père du même nom, l'ancien défenseur vedette du Canadien de Montréal, âgé de 70 ans.

L'auteur de la missive s'identifiait clairement aux Hells Angels et à leurs sympathisants. Selon nos informations, les experts en motards de la police ont jugé la chose très sérieuse en raison de certains éléments dans le contenu de la lettre.

« Nous sommes interpellés par cette menace et l' ensemble de la communauté policière est unie dans sa réponse et sa lutte au crime organisé », a déclaré ce matin le directeur par intérim du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et ancien patron de la SQ, Martin Prud'homme.

Conversations dans le blanc des yeux 

Déjà, selon nos informations, une douzaine de membres en règle affiliés aux cinq sections des Hells à travers le Québec ont été rencontrés pour des discussions dans le blanc des yeux avec des représentants de la police. On a clairement signifié aux motards que ce dossier est pris très au sérieux et qu'une enquête est en cours pour trouver la source des menaces.

« C'est une attaque à la démocratie que personne ne peut tolérer », a déclaré l'inspecteur Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM, au nom du Regroupement des communicateurs d'urgence du Québec, une association dont les portes-paroles de police sont membres.

« Nous condamnons ce geste d'intimidation et souhaitons passer un message clair à l'ensemble du crime organisé. Vous avez menacé Guy et son père, et nous sommes aujourd'hui plus de 15 000 policiers au Québec concernés par cette menace », affirme l'inspecteur Lafrenière.

La SQ a dit avoir pris des mesures de protection appropriées. Joint par La Presse, Guy Lapointe a eu un bref commentaire.

« Je vais continuer de faire ma job, je ne me laisserai pas intimider, c'est tout. »

Une source policière a affirmé sous couvert de l'anonymat que des Hells se sont montrés irrités de la surveillance policière ces derniers mois.

Pression accrue 

« Ils sont exaspérés de la pression qu'on leur met, c'est ça le contexte », affirme la source.

Un autre policier, qui s'est confié à condition que son nom ne soit pas publié, affirme que la grande réunion pancanadienne des Hells, la « Canada run », qui doit se tenir au Québec cet été, sera l'occasion de montrer au gang qu'ils ne peuvent pas faire la loi au Québec.

« Ils pensaient avoir de la misère avec leur Canada run ? Ils n'ont rien vu encore. Ils n'ont même pas idée de ce qui les attend ».

Pendant la guerre des motards, dans les années 90, les Hells avaient tué deux gardiens de prison et tenté de tuer le journaliste Michel Auger. La stratégie avait été jugée contre-productive par certains membres en raison de toute la pression qu'elle avait engendrée sur le gang.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Le père du porte-parole de la SQ et ancien joueur du Canadien, Guy Lapointe