Outre les menaces envers le journaliste Félix Séguin, d'autres aspects du comportement de Francesco Del Balso, ces derniers mois, ont tracassé les services correctionnels, tellement que le mafieux a eu fort à faire mercredi pour convaincre les commissaires aux libérations conditionnelles de le remettre en liberté, demande à laquelle ils ont acquiescé ce vendredi matin.

Mis à jour le 18 janv. 2019
DANIEL RENAUD LA PRESSE

Del Balso, un ancien lieutenant du clan Rizzuto, a été condamné à 15 ans de pénitencier dans la foulée de l'opération Colisée menée par la Gendarmerie royale du Canada en 2006. 

Sa libération conditionnelle a été suspendue - pour la quatrième fois - en octobre dernier lorsqu'il a menacé le journaliste de Québecor Félix Séguin après que ce dernier eut réalisé un reportage sur des allégations d'extorsion de Del Balso envers des propriétaires de restaurants de Québec. 

Préoccupations constantes

Dès le début de l'audience, La Presse a constaté que les tensions étaient vives entre Del Balso et son agent de libération. 

L'agent s'est lancé dans une longue énumération d'événements comme on en entend rarement, où la transparence de Del Balso, qui travaillait dans une entreprise de distribution de fruits et légumes avant son arrestation, a été mise en doute.

L'agent lui a notamment reproché de rechigner à divulguer ses finances et ses transactions, de trop insister pour voir ses enfants, d'avoir fait courir des rumeurs sur les membres de son équipe de gestion de cas, d'avoir fait des offres pour l'achat d'un condo et d'une maison, dont une fois à un prix incompatible avec son salaire de 60 000 $ par année, d'avoir rencontré son notaire sans préciser que d'autres personnes, dont son avocat et son frère, seraient présents, d'avoir donné une montre à son fils sans l'avoir dit, d'avoir croisé un membre de la famille Rizzuto, de se poser en victime en rejetant la faute sur autrui et d'avoir voulu développer une route de distribution de fruits et légumes à Kuujjuak et dans le Grand Nord du Québec, « comme si la compagnie pour laquelle il travaille lui appartenait ».

« Les Services correctionnels sont toujours préoccupés par les activités et les relations de M. Del Balso. Il achète des immeubles, mange dans les bons restaurants. Sa supervision nécessite des éclaircissements constants. S'il était libéré, il représenterait un risque indu pour la société, et nous recommandons que sa libération conditionnelle soit révoquée », a conclu l'agent de libération. 

Des fruits dans le Grand Nord

« Vous jouez toujours sur la ligne », a renchéri la commissaire Francine Cantin, prenant la balle au bond dans ses questions au mafieux.

Mais pour chaque reproche, Del Balso a eu une justification.

« J'ai donné une montre à mon fils comme cadeau de graduation. Mon avocat devait me faire signer des documents légaux pour la vente de ma maison. » - Francesco Del Balso

Au fil des ans, plusieurs sources ont dit à La Presse que Del Balso, ancien gérant des paris sportifs de la mafia montréalaise, avait le sens des affaires. Il n'a pas fait mentir sa réputation. Il a expliqué que c'est au pénitencier, en fréquentant des codétenus d'origine inuite, qu'il a appris que les fruits et légumes étaient très chers dans le Grand Nord, d'où l'idée de développer cette route et de les vendre meilleur marché. « C'était embryonnaire comme projet. Mon patron était très content », a-t-il dit.

Le « gars de la télé »

Del Balso a avoué avoir menacé Félix Séguin - qu'il a appelé le gars de la télé - et avoir dit « Est-ce que je vais devoir régler le problème moi-même et le mettre sur un conteneur ? » à une procureure à qui il voulait porter plainte contre le journaliste. Il a dit regretter ses paroles et a admis que des gens pouvaient avoir peur de lui en raison de son passé.

En revanche, son avocate, Me Rita Magloé Francis, a déposé un document des services correctionnels indiquant qu'après vérification auprès de la Sûreté du Québec, « l'enquête policière n'est pas concluante et ne permet pas de lier Francesco Del Balso à une quelconque histoire de tentative d'extorsion de restaurateurs de la ville de Québec ».

Le jour de la diffusion du reportage à TVA, les services correctionnels ont obligé Del Balso à quitter Québec immédiatement pour sa sécurité. Il est resté un mois au Nouveau-Brunswick, où il s'est plaint de ne pas avoir pu voir ses enfants, avant d'être envoyé à Drummondville.

« À Québec, j'avais commencé à me faire une vie. J'avais un nouveau réseau social, des professionnels, un professeur, un chercheur. J'ai perdu mes amis, mes enfants ont eu peur, le maire est même sorti publiquement. » - Francesco Del Balso

« J'ai récidivé et j'ai fait une grosse erreur. Je ne veux pas retourner en prison. Je veux me tenir loin du crime », a-t-il assuré.

Son avocate a souligné le fait que dans l'affaire des menaces envers le journaliste, son client avait fait exactement ce qu'on lui avait demandé de faire après la violation de son domicile, soit aller voir la police avant que celle-ci le renvoie à un procureur. 

« Il était dans un moment d'exaspération. Il n'a pas su contrôler ses émotions. Il n'est pas dans un cycle criminel », a dit l'avocate.

Une audience pas comme les autres

Exceptionnellement, deux commissaires plutôt qu'une ont interrogé et entendu le mafieux, alors que normalement, les audiences destinées à révoquer une libération ou à annuler une suspension se déroulent en présence d'un seul commissaire. De plus, il y avait non pas un agent de libération mais deux, de même qu'une agente correctionnelle présente dans la salle où se trouvait Del Balso, ce qui n'est pas toujours le cas. 

Commissaires et agents de libération étaient dans des salles différentes, en vidéoconférence, ce qui a parfois provoqué quelques échanges cacophoniques.  

Maintenant libéré, Francesco Del Balso devra respecter de nombreuses conditions, dont celle de ne pas communiquer avec Félix Séguin.

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Francesco Del Balso, 48 ans

Condamné à 15 ans de pénitencier pour gangstérisme et importation de stupéfiants après l'opération Colisée

Libéré d'office en février 2016, il a vu sa libération conditionnelle suspendue une première fois lorsque son ancien associé, Lorenzo Giordano, a été tué le 1er mars 2016 à Laval.

Sa libération a été suspendue une deuxième fois, pour sa sécurité, après le meurtre de l'ancien numéro 3 de la mafia montréalaise, Rocco Sollecito, en mai 2016.

Sa libération a été suspendue une troisième fois lorsqu'un individu a fait irruption chez lui, en 2017, et que Del Balso a retiré un bracelet GPS qu'il portait à sa cheville.

- 12 octobre 2018: Il est accusé d'avoir menacé le journaliste Félix Séguin. Sa libération a été de nouveau suspendue.

- 6 décembre 2018: Il a plaidé coupable et a été condamné à 30 jours de prison qui s'ajoutent à sa peine de 15 ans.

- Novembre 2019: Sa peine prendra fin.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse