La demande d'un hôpital montréalais qui voulait amputer les jambes d'un patient grièvement blessé, contre son gré, vient d'être refusée par la justice.

Mis à jour le 10 janv. 2019
PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD LA PRESSE

L'homme, un sans-abri d'origine togolaise, a été victime d'engelures critiques début décembre, au point où la moitié inférieure de ses deux jambes était morte, nécrosée.

Les médecins de l'unité des grands brûlés du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), où il était hospitalisé, considéraient qu'il fallait l'amputer des deux jambes sous les genoux et de certains doigts pour éviter une infection. L'homme refusait catégoriquement.

Le débat s'est transporté devant la Cour supérieure entre Noël et le jour de l'An, à la demande du CHUM. L'hôpital jugeait que son patient n'était pas apte à décider pour lui-même en raison d'un problème de santé mentale.

Le juge Gérard Dugré, qui a entendu la cause, a déterminé que le patient était effectivement inapte, mais que « le CHUM n'a pas démontré que l'amputation des deux jambes sous les genoux et des doigts nécrotiques - quoique probablement inévitable - soit actuellement nécessaire. »

Le magistrat a souligné qu'on lui avait expliqué que le patient avait 50 % de risque de mourir en cas de septicémie (une infection généralisée du corps), mais qu'on ne lui avait jamais indiqué le risque de développer un tel problème.

Malgré les risques importants posés par la situation actuelle, une amputation contre le gré du patient risque par ailleurs de compromettre sa réadaptation, a ajouté le juge Dugré.

« Monsieur gardait cette conviction »

De façon générale, tout patient a droit de consentir ou de refuser des soins - même si sa décision entraîne sa mort. Ce n'est que dans les cas où le patient est inapte à faire ce choix que les tribunaux s'en mêlent.

Malgré cette inaptitude, la perception que le patient a de son problème doit tout de même être prise en compte, selon Me Patrick Martin-Ménard, l'avocat du patient.

« Monsieur a témoigné à savoir qu'il continuait à ressentir de la sensation dans ses jambes et qu'il voulait leur donner une chance. Au plan médical, c'est clair qu'il n'y pas de chance que ça revienne en arrière, mais Monsieur gardait cette conviction-là », a expliqué l'avocat en entrevue avec La Presse. Il s'est réjoui de voir une décision « exhaustive » être rendue dans ce dossier.

Me Martin-Ménard a souligné que son client pouvait toujours changer d'avis et demander l'opération.

Le CHUM n'a pas voulu accorder d'entrevue à La Presse.

« Le CHUM a le devoir d'offrir la meilleure qualité et sécurité de soins possible à ses patients », a simplement indiqué par courriel la porte-parole Lucie Dufresne. « Comme les autres établissements de santé, il doit obtenir l'autorisation du Tribunal pour dispenser les soins requis à un majeur inapte à consentir à ceux-ci lorsque ce dernier refuse catégoriquement de recevoir ces soins. »

L'hôpital a obtenu l'autorisation d'administrer des médicaments antipsychotiques et des antibiotiques au patient.

Le patient, seulement identifié par ses initiales, K. D., s'est infligé ses graves engelures après s'être réfugié dans une maison abandonnée de la Montérégie. Il aurait été « abandonné sur la route dans les environs de Yamaska » par un étranger qu'il aurait rencontré dans un autobus reliant Longueuil à Sorel.