Le père condamné pour avoir interdit à sa fille de 8 ans de se lever de table pendant 13 heures parce qu'elle refusait de manger ses choux de Bruxelles enseigne toujours en technique d'éducation spécialisée au collégial, a appris La Presse.

Publié le 15 juin 2018
Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Le titulaire d'une maîtrise en psychoéducation âgé de 42 ans, que nous ne pouvons nommer pour protéger l'identité de sa fille, continue de former les futurs professionnels d'un important établissement francophone de la capitale fédérale.

La Presse a révélé hier matin la situation qualifiée d'«aberrante» et de «troublante» par la justice : la guerre des nerfs s'est poursuivie toute une nuit jusqu'à 8 h le lendemain matin, la fillette passant plusieurs heures dans son urine, souffrant d'hypothermie et se faisant réveiller quand elle s'endormait sur sa chaise.

Le père a raconté toute l'histoire dans des textos à son ex-conjointe (la mère de l'enfant) et s'y est vanté d'avoir voulu «casser» sa fille. «Elle tremblait comme une feuille», a-t-il écrit dans les échanges survenus le jour même de l'incident, en janvier 2016. Ils ont été produits devant la justice.

L'établissement réagit

Il n'a toutefois pas averti l'établissement où il enseignait qu'il avait été condamné à quatre mois de prison dans la collectivité, en janvier dernier, après avoir plaidé coupable à une accusation réduite de séquestration, selon la porte-parole de l'établissement.

«Nous avons pris connaissance de cette situation [...] ce matin», a-elle écrit dans un courriel. 

«Le Collège effectuant des recherches et suivis présentement, nous ne commenterons pas davantage.»

La procureure de la Couronne au dossier, Me Christine Lambert, a toutefois affirmé à La Presse que «l'endroit où il travaille a été avisé». «Maintenant, ce qu'ils en ont fait, je ne le sais pas», a-t-elle ajouté.

Un message vocal laissé au bureau du père condamné n'a pas eu de suite. Il n'a pas été possible de le joindre à son domicile. Son avocat n'a pas rappelé.

Accès non supervisé

La procureure de la Couronne Lambert n'a pas voulu dire si elle était satisfaite de la décision du juge Jean-François Gosselin : elle demandait de 12 à 18 mois de détention à purger dans la collectivité, alors que l'accusé proposait l'absolution conditionnelle. Selon elle, la décision très étoffée rendue par le magistrat éliminait toutefois les possibilités d'appel.

«Je peux vous dire que la famille était OK le 19 janvier et heureuse de tourner la page sur cet épisode-là qui a été un grand bouleversement», a-t-elle expliqué à La Presse.

Selon la décision de justice, le père de famille a entamé des procédures afin d'obtenir la garde de ses deux fillettes qui avaient 10 et 8 ans au moment des faits. Il jouit actuellement d'accès non supervisés après avoir suivi avec succès une formation sur la gestion de la colère.

Une analyse «qui étonne»

À l'issue de cette activité, l'agente de probation affectée au dossier de l'homme a toutefois livré une analyse «qui étonne pour quelqu'un qui consacre sa vie professionnelle à enseigner aux générations futures d'intervenants la façon dont il faut s'y prendre auprès des clientèles vulnérables», a écrit le juge Gosselin.

« Il possède certaines caractéristiques d'un individu qui exerce de la violence intrafamiliale contre les siens, même si on fait abstraction de l'infraction», peut-on lire dans l'analyse de l'agente de probation.

«Ses traits narcissiques et son attitude intransigeante ont eu une incidence sur l'agir délictuel», continue-t-elle, évoquant sont «manque d'émotivité» et sa «rigidité».

Le juge Gosselin avait déjà noté que l'homme «n'en était pas à ses premières méthodes éducatives discutables selon la preuve administrée à l'audience».