La chroniqueuse Sophie Durocher s’est écroulée au sol, en pleurs, en lisant un tweet dans lequel on souhaitait la « gifler » jusqu’au « coma » en 2022, a-t-elle raconté mercredi au procès de l’homme accusé de l’avoir menacée. L’accusé, lui, assure qu’il voulait seulement parler de gifle « médiatique » et de coma « journalistique ».

Ce qu’il faut savoir

Martin Larouche est accusé de menaces et de harcèlement criminel à l’égard de la chroniqueuse Sophie Durocher.

Cet opposant au vaccin contre la COVID-19 a écrit que la chroniqueuse méritait d’être « giflée » jusqu’au « coma ».

Sophie Durocher a été fortement ébranlée par les évènements.

« Les propos m’ont troublée profondément. J’ai eu une réaction physique. Je me suis écroulée », a lâché Sophie Durocher, la voix brisée par l’émotion. « J’étais profondément estomaquée par la violence des propos », a-t-elle poursuivi.

La chroniqueuse du Journal de Montréal témoignait mercredi au procès de Martin Larouche, au palais de justice de Montréal. L’homme de 52 ans est accusé de menaces de mort et de harcèlement criminel. Des accusations déposées par procédure sommaire, donc de gravité moindre.

Ce gazouillis publié sur Twitter (maintenant X) par Martin Larouche, le 2 août 2022, est au cœur du litige : « La Durocher mérite d’être giflée si fort qu’elle tombe dans le coma pendant une couple d’années. » L’accusé, un opposant à la vaccination contre la COVID-19, répondait à un internaute qui réagissait à un vieux commentaire de Sophie Durocher sur la COVID.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Martin Larouche est accusé d’avoir menacé de mort et d’avoir harcelé la chroniqueuse Sophie Durocher. Son avocate, MMarylie Côté, est à son côté au palais de justice de Montréal.

Après la publication de ce tweet, Sophie Durocher a invité Martin Larouche à s’excuser ou à retirer ses propos, sinon elle déposerait une plainte à la police. Ce qu’elle a fait quelques jours plus tard.

J’ai senti que mon intégrité et ma sécurité étaient menacées.

Sophie Durocher, lors de son témoignage

La chroniqueuse se demandait alors si l’accusé n’allait pas mettre ses « menaces à exécution » ou si quelqu’un, inspiré par le tweet, allait la gifler en pleine rue.

Quelques jours plus tard, Martin Larouche a écrit un message privé à Sophie Durocher sur Twitter dans lequel il s’excusait « sincèrement » pour ses mots « très mal choisis ». « Au fond, avec ce Tweet, je voulais simplement te souhaiter que le karma te redonne un retour d’ascenseur », a-t-il écrit.

Une façon de « réitérer ses menaces », selon Sophie Durocher. De plus, ce message privé était une façon « d’entrer dans [s]on intimité », alors que l’emploi du tutoiement représentait une « proximité extrêmement dérangeante », selon elle.

Martin Larouche a envoyé un second message d’excuses en privé à Sophie Durocher. Mais celle-ci affirme ne pas l’avoir vu.

En contre-interrogatoire, l’avocate de la défense, MMarylie Côté, a relevé que Sophie Durocher avait chroniqué sur l’« affaire de la gifle » en août 2022. Dans sa chronique, la plaignante consacre plusieurs paragraphes à la conjointe de Martin Larouche (sans le nommer). Elle le décrit comme un « petit monsieur bien normal ».

Son tweet était une « métaphore »

Martin Larouche affirme pour sa part avoir envoyé son tweet « sur le coup de la colère » et sans « réfléchir ». Il n’avait pas apprécié un message de Sophie Durocher qui, à ses yeux, encourageait la violence contre les non-vaccinés. Il raconte avoir vécu difficilement son opposition à la vaccination contre la COVID-19, puisqu’il a perdu son emploi et des amis.

Selon Martin Larouche, sa publication était une « métaphore ». Il ne souhaitait aucunement encourager les gens à s’attaquer physiquement à Sophie Durocher. « Il n’y avait rien de physique », insiste-t-il. Il convient cependant que son commentaire était « disgracieux ».

Quand il écrit que la chroniqueuse « mérite d’être giflée », il voulait plutôt parler d’une gifle « médiatique », explique-t-il.

Je voulais qu’elle perde son influence très néfaste.

Martin Larouche, l’accusé, à propos de Sophie Durocher

Martin Larouche soutient avoir écrit à Sophie Durocher à deux reprises en privé pour s’excuser et pour lui dire qu’il n’avait pas d’intention violente. « Je voulais régler ça en dialogue », témoigne-t-il.

D’autre part, l’accusé disait croire que son tweet serait seulement destiné à l’homme à qui il avait répondu sur Twitter. Or, en contre-interrogatoire, Martin Larouche a admis qu’il savait que son message était public et que d’autres utilisateurs pourraient le voir. « Oui, c’était un risque », a-t-il concédé.

Dans sa plaidoirie, la procureure de la Couronne soutient que Martin Larouche a livré une version « cousue de fil blanc ». « Il est facile de se cacher derrière un écran en disant qu’on n’a pas l’intention d’intimider. Il voulait la faire taire. Ce ne sont pas des paroles en l’air. […] Il a attaqué [la victime], il l’a menacée et l’a harcelée », a plaidé MJessica Drolet.

En défense, MMarylie Côté a fait valoir que son client n’avait pas l’intention de menacer ou de harceler la plaignante. Elle demande au juge de le faire bénéficier du doute raisonnable.

Le juge Alexandre Dalmau rendra son jugement en octobre prochain.