Une Montréalaise devra verser 200 000 $ à un homme dont elle a « ruiné la vie » en l’accusant faussement de viol, a récemment tranché la justice.

Tanya Zajdel, une ancienne infirmière, a utilisé tous les moyens de communication à sa disposition pour dénoncer un supposé viol collectif orchestré par Kenneth L. Herman, un Américain de passage dans la métropole québécoise en 2015.

Elle a notamment inondé les réseaux sociaux de ses accusations, les a transmises à l’employeur de M. Herman et a même autoédité un livre mis en vente sur Amazon.

Or, ces accusations étaient fausses et Mme Zajdel devait le savoir, a tranché la juge Céline Legendre, de la Cour supérieure. Des images de vidéosurveillance excluaient totalement la version des faits de l’accusatrice, basée sur des flash-back et des fragments de souvenirs.

« Les allégations de Mme Zajdel sont terribles et dérangeantes », indique la décision, datée de décembre 2023, mais qui vient d’être rendue publique. « Sa persistance à les diffuser dans le domaine public était malicieuse et intentionnelle. » Elle avait une « motivation évidente de détruire sa réputation ».

M. Herman a vécu le « cauchemar des cauchemars » dans la foulée de sa visite à Montréal : il a perdu son emploi et a passé plusieurs années à « se sentir comme un paria », écarté par des amis et des voisins. Il avait « une réputation étincelante dans l’écosystème technologique de New York » avant cette affaire.

La semaine dernière, les deux camps n’ont pas voulu commenter la décision. « J’ai parlé à mon avocate et elle m’a conseillé de garder le silence. Alors je pense que je dois garder le silence », a simplement expliqué Tanya Zajdel. Selon sa page LinkedIn, elle offre des « thérapies de reconnexion » en lien avec les traumas passés.

« Ses fragments de souvenirs ne reflètent pas la réalité »

C’est dans un restaurant du Vieux-Montréal que Mme Zajdel et M. Herman se sont rencontrés par hasard, en avril 2015. Ce dernier était à Montréal pour l’enterrement de vie de garçon d’un ami. Les deux individus se sont rejoints deux jours plus tard, ont terminé la soirée dans une chambre d’hôtel et ont eu une relation sexuelle.

Au procès, intenté par M. Herman pour faire cesser la campagne d’accusation et obtenir réparation, Mme Zajdel a témoigné qu’elle avait rapidement commencé à avoir des flash-back dans les jours suivants, selon lesquels Herman « et ses amis l’ont droguée et brutalement violée ».

Elle dépose ensuite une plainte au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), dont l’enquête démontrera que la présumée victime se contredit et que ses souvenirs sont incompatibles avec la réalité : une caméra de surveillance montrait que le duo était seul dans la chambre d’hôtel et des données de géolocalisation disculpaient totalement les amis de M. Herman.

« Je suis convaincue que les faits allégués par la victime ne se sont pas produits tel qu’elle les raconte », a écrit l’enquêtrice du SPVM Laio Auger-Leduc, dans un rapport cité par la juge Legendre.

« Mme Zajdel a eu l’opportunité d’investiguer ses flash-back et ses fragments de souvenirs avec l’aide de la police et d’avocats aux États-Unis. Elle a pu obtenir de la preuve claire selon laquelle ses flash-back et ses fragments de souvenirs ne reflètent pas la réalité », a tranché la magistrate. Ses efforts pour diffuser tout de même ses allégations « ont un effet dissuasif sur les vraies victimes qui ont le courage de parler ».

Montant « très élevé »

Le dédommagement de 200 000 $ accordé par la Cour supérieure est « très élevé », a souligné Laura Rizko, avocate spécialiste en diffamation et doctorante à l’Université de Montréal.

« Ce n’est pas une somme record, mais on peut dire que c’est une somme substantielle », a-t-elle dit, en entrevue téléphonique, indiquant que les dommages moraux pour ce type d’affaires se situent habituellement entre 5000 $ et 100 000 $. « La juge relève notamment la gravité des propos, l’intention de madame de nuire à monsieur, à sa carrière et à sa vie de famille. »

Selon l’avocate spécialiste en diffamation Laura Rizko, cette décision risque d’être utilisée par des victimes de diffamation dans le futur.

Kenneth Herman demandait toutefois un total de 2,7 millions en dommages pécuniaires, moraux et punitifs. La juge Legendre a estimé qu’il n’avait pas pu prouver adéquatement l’impact de cette affaire sur son portefeuille et que des dommages moraux de 200 000 $ suffiraient à donner une leçon à Tanya Zajdel.

Elle lui a aussi ordonné de cesser la diffusion de ses allégations.

L’histoire jusqu’ici

  • Avril 2015 : Tanya Zajdel et Kenneth L. Herman se rencontrent dans un restaurant du Vieux-Montréal. Ils ont une relation sexuelle le surlendemain.
  • Juin 2016 : Après plusieurs mois d’enquête, le SPVM conclut que les allégations de Mme Zajdel sont non-fondées et ne sont pas compatibles avec les preuves objectives recueillies.
  • 2020 : Après des années à subir les accusations non-fondées de Mme Zajdel, M. Herman lance des procédures judiciaires contre elle.
  • Décembre 2023 : La Cour supérieure condamne Mme Zajdel à dédommager M. Herman à hauteur de 200 000 $.