Le Bureau du coroner a rendu public mardi le rapport d’enquête de la coroner Andrée Kronström sur les décès de Dahia Khellaf et d’Adam, d’Aksil et de Nabil Yssaad, survenus en décembre 2019 dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, à Montréal.

Nabil Yssaad a tué Mme Kehllaf, qui était sa conjointe, et leurs deux enfants, Adam et Aksil.

MKronström commentera ses conclusions mercredi après-midi à l’occasion d’une conférence de presse.

Dans un communiqué envoyé mardi, le Bureau du coroner indique que « la coroner a pu comprendre les facteurs de risque à l’origine de ces violences et tirer certains constats quant à l’aggravation de la violence conduisant à des familicides, suivis du suicide de l’auteur, à la suite de 11  journées d’audience et 60 témoignages entendus, dont de nombreux organismes et ministères œuvrant à l’étude et à la prévention de la violence conjugale ».

Les audiences publiques et la lecture des plans d’action et de la stratégie gouvernementale intégrée ont permis à la coroner de constater « les efforts déployés dans les dernières années afin de réduire l’incidence de ces décès, mais également le chemin qu’il reste à parcourir », souligne le communiqué.

Ses 19 recommandations s’articulent autour des six actions suivantes : agir en situation d’urgence, prévoir une trajectoire pour les auteurs de violence conjugale, investir dans la section spécialisée du Service de police de la Ville de Montréal, ajouter une section enquête à la pratique policière en matière de violence conjugale, parachever le déploiement des tribunaux spécialisés, et faire connaître la violence conjugale et le contrôle coercitif dès le jeune âge.

Dans sa première piste de solution pour prévenir la violence conjugale, elle écrit dans le rapport qu’« il faut aplanir les relations inégalitaires dans les relations intimes et cela dès l’enfance » et que « l’ensemble des acteurs du réseau de la santé, de la justice, de la sécurité publique, des organismes communautaires, mais également les proches doivent être mieux outillés pour détecter la violence et les situations à risque, dont la dangerosité associée à un contexte de séparation, surtout en présence des enfants ».

Selon elle, il faut également « adopter une stratégie de prévention qui tient compte des liens entre le suicide et la violence conjugale » et porter « une attention particulière au phénomène du familicide/suicide en continuant de le documenter, mais également d’en détecter les signes avant-coureurs ».

Elle souligne toutefois que « des avancées significatives ont été faites pour protéger les victimes de violence conjugale depuis 2019 » et qu’il y a « une mobilisation sans précédent de très nombreux acteurs ».

À son avis, le rapport Rebâtir la confiance, avec ses 190 recommandations, a été « le tournant d’une profonde transformation ».

« Je constate que la trajectoire de Mme Khellaf, de M. Yssaad et de leurs enfants trouve écho dans plusieurs constats tirés de ce rapport. Le bilan de la réalisation des recommandations fait lors de la présente enquête est positif et bonifie la trajectoire des victimes et de leurs enfants. Cependant, du chemin reste à parcourir. »

Pour améliorer la situation, MKronström soutient que « les actions des nombreux acteurs doivent être concertées pour outiller les victimes, les enfants et les auteurs de violence conjugale » et que les nombreux « outils disponibles doivent être connus de la population et particulièrement à Montréal ».

Elle ajoute que « pour aller à la source du problème, les jeunes et les nouveaux arrivants doivent être sensibilisés à la violence conjugale, aussi désignée violence entre partenaires intimes et associée au contrôle coercitif ».

Un long enfer

En juillet 2022, la coroner en chef, Pascale Descary, avait ordonné une enquête publique sur l’assassinat de Dahia Khellaf, âgée de 42 ans, et de ses deux fils de quatre et deux ans, Adam et Aksil, ainsi que le suicide de Nabil Yssaad, 46 ans.

MDescary avait fait cette annonce à la suite du dépôt de quatre rapports accablants du coroner Alain Manseau sur ce familicide.

Nabil Yssaad s’est rendu dans un hôpital de Lanaudière, où il s’est jeté dans le vide depuis le sixième étage le 10 décembre 2019, et c’est en voulant avertir ses proches que les policiers ont ensuite découvert les trois corps allongés côté à côte dans le lit de Mme Khellaf. Les trois ont été étranglés dans leur sommeil avec un câble électrique.

Le couple avait été uni par un mariage arrangé lors d’un voyage de Mme Khellaf en Algérie, son pays d’origine, en 2012. Elle était alors revenue seule et avait parrainé l’entrée de son mari, arrivé au Canada en 2014. La relation s’est détériorée dès son arrivée.

En août 2018, elle s’est rendue au poste de police de son quartier, où elle a dénoncé son mari pour des menaces de mort.

Il s’est alors amorcé une ronde d’arrestations, de mises en accusation, de remises en liberté, de non-respect des conditions et de constants mensonges aux autorités de M. Yssaad, qui se moquait ouvertement, même devant les juges, des conditions qu’on lui imposait.

Les procédures judiciaires pour violence conjugale ont duré une année et demie.

Le 20 juillet 2022, le Bureau du coroner a annoncé que « des faits nouveaux ont été portés à l’attention du Bureau du coroner qui font en sorte que la coroner en chef juge qu’il sera utile d’entendre des témoins afin d’établir les circonstances des quatre décès avec la plus grande exactitude possible ».

Le mandat a été confié à MKronström. Les audiences publiques ont eu lieu à l’automne 2023.