Un ex-acupuncteur qui a agressé sexuellement une patiente vulnérable a écopé lundi de 15 mois de prison à domicile. Claude Kamga Defo évite l’incarcération ferme, car il n’est pas un danger pour la communauté s’il est « bien encadré », estime la juge. Il accumule pourtant les plaintes de nature sexuelle depuis des années.

Le Montréalais de 49 ans a été reconnu coupable en mars dernier d’avoir commis une agression sexuelle à l’égard d’une patiente. Il est toutefois en appel. La Couronne réclamait neuf mois de détention ferme, alors que la défense espérait au mieux une absolution, au pire de la prison avec sursis.

Notons que Claude Kamga Defo doit subir son procès en janvier 2025 pour une autre agression sexuelle alléguée sur une patiente. Il a été radié provisoirement par l’Ordre des acupuncteurs du Québec le 19 avril dernier, à la suite du verdict de culpabilité.

Claude Kamga Defo est propriétaire du Centre Énergie Santé Kamga dans l’arrondissement du Sud-Ouest à Montréal. Il a pratiqué comme acupuncteur et massothérapeute pendant une décennie.

En décembre 2021, il a agressé sexuellement une patiente qui le visitait pour des problèmes d’épaule. Il s’est permis de masser les seins de la patiente et de lui toucher les mamelons. Il a ensuite demandé à la victime de se mettre à quatre pattes. Il en a profité pour lui toucher les parties génitales en faisant une vibration avec sa main.

Au procès, Claude Kamga Defo a prétendu avoir traité la femme pour des problèmes de fertilité. Il disait l’avoir massé près des seins pour « relâcher » son énergie et libérer son « blocage » énergétique. La juge a rejeté sa version.

La juge Dominique B. Joly relève comme facteurs aggravants l’abus de confiance, la vulnérabilité de la victime et les conséquences sur celle-ci.

« Je me sens endommagée. Je me sens blessée que quelqu’un en position de pouvoir m’a fait ça et a trahi ma confiance. Je ne me sens pas bien dans mon corps maintenant », a-t-elle témoigné à la cour.

Comme circonstances atténuantes, la juge souligne l’absence d’antécédent judiciaire, la gravité moindre des gestes, l’absence de violence additionnelle et le fait qu’il soit un actif pour la société.

Claude Kamga Defo jouissait d’une réputation « exemplaire », relève la juge. Il a d’ailleurs reçu des lettres d’appui de 17 personnes. En décortiquant la jurisprudence pour des crimes similaires, la juge conclut qu’une peine de prison était de mise. Toutefois, l’incarcération ferme n’était pas nécessaire puisque le délinquant ne représente pas un danger pour la communauté et qu’une peine dans la collectivité est dissuasive et dénonciatrice.

Claude Kamga Defo sera cloîtré chez lui pendant les neuf premiers mois. « C’est un vrai 24 heures sur 24 à la maison », a prévenu la juge. Il sera ensuite soumis à un couvre-feu pour les six mois suivants. Il pourra alors travailler comme acupuncteur si l’Ordre des acupuncteurs du Québec le lui permet, mais sous de strictes conditions.

Claude Kamga Defo est visé par plusieurs plaintes déontologiques. Il aurait touché les parties génitales d’une patiente et lui aurait massé entre les seins entre 2015 et 2016. En 2023, il aurait touché les fesses d’une patiente en appliquant une pression importante. On lui reproche aussi d’avoir baissé les sous-vêtements d’une patiente sans son consentement pour lui masser les fesses.

« [Il] utilise le même modus operandi, pose encore et toujours des gestes abusifs à caractère sexuel à l’égard de sa patientèle et ne respecte toujours pas la dignité et la pudeur de sa patientèle », a conclu le conseil de discipline de son Ordre en juin 2023 en limitant sa pratique.

MLaurence-Fanny L’Estage a représenté le ministère public alors que Vincent Rose l’a défendu (il n’est plus avocat).

Précision
Dans une version précédente de l’article, nous écrivions que Claude Kamga Defo était toujours acupuncteur. Or, il a été radié provisoirement par le conseil d’administration de l’Ordre des acupuncteurs le 19 avril dernier.