Deux membres influents d’un consortium de six individus qui a tenté de s’emparer du monopole de la distribution de cocaïne au Canada, alors que la mafia montréalaise et les Hells Angels du Québec étaient affaiblis en 2012, refont les manchettes.

Publié le 22 septembre
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

La libération conditionnelle de Shane Kenneth Maloney vient d’être révoquée tandis que le Directeur des Poursuites criminelles et pénales du Québec (DPCP) s’adresse à la Cour d’appel pour que soient abandonnées les démarches devant celle-ci faite par Rabih Alkhalil, évadé d’une prison de la Colombie-Britannique l’été dernier, alors qu’un jury s’apprêtait à rendre son verdict dans la cause d’un meurtre duquel il est accusé.

Maloney, 45 ans, et Alkhalil, 35 ans, avaient été arrêtés en novembre 2012, en compagnie de 90 autres individus, dans une importante enquête baptisée Loquace, par laquelle la Sûreté du Québec a démantelé un consortium et un réseau impliqué dans l’importation et la distribution de cocaïne à grande échelle, au moment où la mafia était secouée par une autre guerre intestine et que les Hells Angels étaient presque tous incarcérés à la suite de l’opération SharQc d’avril 2009.

Maloney a été condamné à dix ans pour gangstérisme, trafic de cocaïne, possession d’armes et possession d’explosifs.

Alkhalil a reçu une peine de 8 ans pour complot de trafic de cocaïne, mais a porté sa cause en appel.

L’un se dit espionné par la police

Shane Maloney, qui a été transféré dans un pénitencier de la Colombie-Britannique, a obtenu sa libération conditionnelle totale en novembre 2020, mais celle-ci a été suspendue après qu’il eut été arrêté pour différents manquements, en octobre 2021.

Les services correctionnels ont notamment reproché à Maloney de ne pas avoir été transparent avec son agent de libération relativement à ses déplacements et au non-respect d’un couvre-feu, et d’avoir refusé de répondre aux questions au sujet d’un individu nouvellement arrivé dans son entourage.

L’agent de libération a également souligné que Maloney a développé des idées paranoïaques, qu’il croit que les policiers le suivent, pour le prendre en défaut, dans le but éventuellement d’en faire un collaborateur.

« La Commission estime que vos convictions à cet égard constituent un obstacle à votre surveillance dans la collectivité, car la libération conditionnelle totale est une forme élargie de libération qui exige un niveau élevé de collaboration et une communication ouverte entre vous et le personnel responsable de votre surveillance, qui comprend parfois la police », écrivent notamment les commissaires, qui ont décidé de révoquer sa libération conditionnelle même s’ils considèrent que Maloney n’a pas brisé ses conditions.

« La Commission constate que votre progression est au point mort », résument les commissaires.

L’autre défie l’autorité

Quant à Alkhalil, les procureurs du Bureau de la grande criminalité et des Affaires spéciales viennent de déposer un avis devant la Cour d’appel du Québec pour que celle-ci mette fin aux démarches entreprises par le trafiquant devant elle.

« Lorsqu’un appelant s’est enfui, le tribunal a le pouvoir discrétionnaire de rejeter son appel comme abandonné. Un appelant qui défie l’autorité de la Cour en s’enfuyant peut difficilement réclamer sa protection. Une telle personne se prive des recours judiciaires auxquels elle a normalement droit. Les tribunaux partout au Canada hésitent à permettre à un fugitif d’utiliser des ressources juridiques pendant qu’il fuit la justice », écrit notamment la procureure de la Poursuite MTian Meng dans sa requête.

En plus de sa peine reçue au Québec, Alkhalil a été condamné à la prison à perpétuité pour un meurtre commis à Toronto.

En plein procès, alors qu’un jury s’apprêtait à rendre un autre verdict dans une affaire de meurtre, cette fois-ci en Colombie-Britannique, Alkhalil s’est évadé du Centre de détention provisoire de North Fraser avec l’aide de deux complices.

Ceux-ci ont utilisé de fausses cartes d’entrepreneurs, en apposant sur celles-ci des images trouvées sur l’internet, pour s’introduire dans le périmètre carcéral.

Ils ont ensuite utilisé une torche à plasma pour couper une clôture et permettre à Alkhalil de s’évader.

Les trois hommes ont par la suite quitté le terrain de la prison à bord d’une camionnette blanche. Ils sont toujours recherchés.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à dernaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.