La famille d’Abdullah Shaikh, abattu par les policiers et soupçonné d’être l’auteur de la série d’homicides survenus dans les deux derniers jours, confirme que le présumé tueur était aux prises avec de graves problèmes de santé mentale. Le frère du défunt comprend mal pourquoi les policiers ont tiré sur le jeune homme, alors « qu’aucune preuve » n’indique qu’il était l’auteur des crimes, selon lui.

Mis à jour le 4 août
Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Nous sommes sous le choc. Mon frère n’était pas dangereux. C’est impossible », murmure le frère du défunt à travers la porte du logement de ses parents à Laval. Le jeune homme s’est adressé à La Presse, des trémolos dans la voix. « Mon frère était innocent. La police n’a aucune preuve qu’il était le suspect. »

Il ne digère pas que la police ait tué son frère.

Selon lui, Abdullah Shaikh était médicamenté et contrôlait ses problèmes de santé mentale. Il consultait. Il a séjourné à l’hôpital à plusieurs reprises. « Je l’ai vu mardi. Il était calme. Normal, doux. Il n’avait rien d’agressif. Ils n’auraient jamais dû lui tirer dessus. »

Tant que l’enquête n’est pas complétée, on ne sait pas si c’est mon frère qui a fait ça.

Frère du suspect tué ce matin

« Il avait déjà été arrêté il y a longtemps. Il souffrait de graves problèmes de santé mentale. Il avait été à l’hôpital psychiatrique pendant un mois », raconte le père du jeune suspect, rencontré plus tôt aujourd’hui par La Presse. La famille confirme plusieurs séjours en psychiatrie au cours des dernières années.

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Le père du suspect

« La dernière fois qu’on l’a vu, c’était mardi. Tout allait bien. Il a des traitements », a renchéri la mère. Son fils avait déjà été arrêté par les policiers à l’aéroport de Montréal « vers le mois d’avril », alors qu’il tentait de se rendre dans un autre pays. Les autorités n’avaient pas écarté la possibilité que ses troubles mentaux l’aient radicalisé et poussé à vouloir quitter le Canada dans le passé, nous confie une source policière.

D’après des documents judiciaires, l’homme avait été déclaré non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux, en 2018, alors qu’il devait répondre à des accusations de méfait à Montréal. Il a aussi été accusé d’agression armée, agression sexuelle, voies de fait et menaces en 2016. Pour cette affaire, il était d’ailleurs en attente de son procès, prévu en janvier 2023 à Laval.

Trois meurtres, un tireur

Les autorités ont confirmé aux médias dans la journée que les trois homicides qui ont secoué le Grand Montréal ces derniers jours auraient été commis par un seul tireur.

Abdulla Shaikh est le principal suspect en lien avec les meurtres de trois victimes innocentes, selon nos informations policières. Il aurait agi seul.

Des perquisitions ont eu lieu peu avant 7 h au motel Pierre, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, où se cachait le présumé tueur. D’après nos sources, les équipes ont localisé au cours de la nuit un véhicule suspect — une Dodge Challenger blanche — loué par le présumé tireur via la plateforme Turo. Ce dernier était entouré par un vaste périmètre policier depuis au moins quelques heures lorsqu’il a été tué dans le stationnement de l’établissement.

Comme l’homme de 26 ans a été abattu lors d’une opération policière, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) sera chargé de l’enquête. Le dossier des trois meurtres a été transféré à la Sûreté du Québec (SQ).

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Le véhicule du suspect.

C’est le Groupe tactique d’intervention (GTI) qui est intervenu auprès du suspect. « Sur place, ils auraient été confrontés par un homme en possession d’une arme à feu. Des coups de feu auraient été tirés », indique le BEI par communiqué.

Le présumé meurtrier aurait été atteint par au moins un projectile et son décès a été constaté sur place. Sur Twitter, la mairesse Valérie Plante a salué le travail de la police, qui démontre selon elle une fois de plus « son efficacité et son dévouement pour la sécurité des Montréalais ». « Les dernières 48 heures ont été éprouvantes pour tout le monde », a-t-elle insisté.

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La scène du premier meurtre survenu mercredi, à l’angle des boulevards Jules-Poitras et Deguire.

Trois victimes innocentes

La plus récente victime de cette série d’homicides est Alex Lévis Crevier, un Lavallois de 22 ans. Il se déplaçait en planche à roulettes dans le quartier de Laval-des-Rapides quand sont survenus les tirs. Il aurait été ciblé au hasard.

Deux hommes avaient été tués à une heure d’intervalle mardi soir. La première victime est André Fernand Lemieux, un homme de 64 ans, père du boxeur québécois David Lemieux.

Une heure plus tard, les agents ont retrouvé un homme gisant sur le sol, blessé par balle, à environ trois kilomètres du premier assassinat. Mohamed Salah Belhaj, agent d’intervention de l’hôpital en santé mentale Albert-Prévost, âgé de 48 ans, avait également succombé à ses blessures.

Le SPVM « conscient de l’impact » des évènements

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Sophie Roy, directrice par intérim du SPVM

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est conscient de l’impact des trois meurtres survenus depuis mardi soir sur la population montréalaise, a déclaré en conférence de presse Sophie Roy, directrice par intérim du SPVM.

Il n’y a qu’un seul suspect pour les trois homicides survenus à Montréal et Laval depuis mardi soir, a confirmé Sophie Roy en conférence de presse au quartier général du SPVM jeudi. Elle n’a toutefois pas confirmé qu’il s’agissait de l’homme abattu plus tôt dans la journée et n’a pas dévoilé son identité.

L’enquête sur l’opération policière de jeudi matin a été transférée au BEI et que la SQ sera responsable d’enquêter sur les trois homicides, le SPVM estime ne pas « commenter plus amplement les évènements et enquêtes en cours », a souligné Sophie Roy.

« Ça a été un travail concerté de nos équipes, tant sur le terrain que l’enquête, pour localiser le suspect. Ensuite, il y a eu le travail plus du côté judiciaire pour obtenir les autorisations pour procéder à son arrestation. […] Ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que la menace a été neutralisée », a confirmé le commandant du poste de quartier (PDQ) 49, Emmanuel Anglade, jeudi.

Sympathies aux familles endeuillées

« Les meurtres commis depuis avant-hier nous ont tous touchés », a soutenu Mme Roy. « Le SPVM est conscient de leur impact sur le sentiment de sécurité pour la population montréalaise. […] Depuis mardi, les unités d’enquête ont travaillé jour et nuit sur les enquêtes d’envergure pour élucider ces meurtres. »

Mme Roy s’est dite fière des équipes policières. « Je salue la collaboration de nos collègues de police de Laval et de la Sûreté du Québec », poursuit-elle.

La directrice par intérim aussi tenue à offrir ses sympathies aux familles et amis des défunts. « Nous sommes tous sensibles à la douleur des familles. »

Dans les quartiers touchés, les services de sécurisation du SPVM se poursuivront dans les prochains jours. « Le sentiment de sécurité des Montréalais restera toujours au cœur des préoccupations du SPVM », a affirmé Mme Roy.

Avec Daniel Renaud, Lila Dussault et Isabelle Ducas