(Montréal) Mercredi, 3 h. Montréal est encore assoupi, plongé dans la pénombre. Mais dans l’édifice qui abrite la Division du crime organisé du SPVM, les enquêteurs sont éveillés et alertes. Ils ont les yeux rivés sur les nombreux écrans, tableaux et organigrammes qui tapissent les murs et le bureau. Aujourd’hui, c’est l’aboutissement de neuf mois d’enquête : le démantèlement d’un réseau majeur de production et de distribution d’amphétamines.

Mis à jour le 25 mai
Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Cette opération de ratissage entamée au petit matin a donné lieu à 26 perquisitions à Montréal, à Laval, en Montérégie et dans les Laurentides. « C’est notre breaking bad du Québec », décrit Francis Renaud, commandant de la Division du crime organisé du SPVM.

Du matériel de production trimballé dans des camions cubes, des millions de comprimés distribués en masse à de jeunes fêtards, des produits chimiques dissimulés dans des entrepôts qui se fondent dans le paysage de la couronne nord de Montréal. On a affaire à un réseau majeur.

Plus de 6,5 millions de comprimés d’une valeur approximative de 32,5 millions de dollars ont été saisis jusqu’à présent.

« C’est du jamais-vu au Québec », souligne le commandant Renaud.

Dans un mini-entrepôt qui ne paye pas de mine, on retrouve mercredi 500 kilos de poudre de méthamphétamine.

Les policiers ne manquent pas de boulot en cette radieuse matinée : ils manipulent des barils vides tachés de poudre, ramassent des dizaines de poinçons aux motifs variés : des coquillages, des cœurs.

Au fond du local, un immense malaxeur, utilisé pour mélanger des produits chimiques.

Le réseau avait la particularité de déplacer ses laboratoires d’encapsulage et de production. Tout était emballé sur place.

On estime qu’ils ont écoulé un million de comprimés d’amphétamine par semaine depuis le mois de septembre. Ça nous donne une idée de l’envergure de la saisie d’aujourd’hui.

Le commandant Francis Renaud

Le prix de vente des comprimés dans le marché est de 5 $ à l’unité.

Arrestations de plusieurs gros acteurs

Les individus visés lors de l’opération sont reliés aux motards criminalisés montréalais.

Très tôt mercredi, les policiers ont procédé à de multiples arrestations au sein du réseau.

Vers 7 h, les voitures de patrouille et les véhicules banalisés s’agglutinaient devant la maison d’un suspect situé sur la Rive-Sud de Montréal. Les agents se postent devant le charmant jumelé en bordure d’un champ.

Une fillette en pyjama à moitié endormie sort de la maison, accompagnée par deux enquêteuses du SPVM. La gamine observe sans surprise les nombreux véhicules de police en s’éloignant de la scène.

Son père fait irruption dehors, escorté par des agents. L’homme – un gros acteur dans l’organisation – est torse nu et menotté. On lui place une couverture sur les épaules, avant de le laisser s’engouffrer dans la voiture de patrouille.

Un réseau de production de stupéfiants démantelé

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Une heure après, un autre « sujet d’intérêt » se dirige vers un des points de perquisition à Chambly. Un bon signe, selon les policiers sur place : le suspect ne se doute de rien, il va « faire ses affaires ». Le présumé trafiquant de drogue – proche de la tête pensante de l’organisation – est intercepté dans son véhicule puis menotté.

En fouillant les résidences familiales de certains suspects, les policiers ont retrouvé des armes de poing facilement accessibles.

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En tout, 280 effectifs prenaient part au déploiement.

S’attaquer au plus fort

« On a complètement coupé l’herbe sous le pied à cette organisation », résume Francis Renaud.

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Le commandant Francis Renaud

La tête dirigeante du réseau, celui qui « opérait la machine » et le principal distributeur ont été arrêtés.

L’opération de mercredi va secouer le milieu criminel. Mais le corps policier n’est pas dupe : d’autres groupes vont vouloir prendre la place du réseau déchu. « C’est un marché d’opportunité. Ça va se bousculer aux portes pour prendre la relève de ce marché-là », admet le commandant.

« On veut s’attaquer au plus fort. Mais le message qu’on veut envoyer c’est que peu importe la taille de l’organisation, on va s’attaquer au milieu criminel », tranche le commandant.

L’enquête a permis au SPVM de se renseigner sur les clients de cette organisation, dont plusieurs sont des revendeurs. « On a plein d’équipes sur le terrain qui ont le mandat de s’attaquer aux drogues de rue, et cette enquête est une pépinière d’informations pour elles. »

« Aujourd’hui, on voit une perquisition historique qui vient couper des revenus qui soutiennent l’achat d’armes à feu », a pour sa part déclaré la mairesse de Montréal, Valérie Plante, en conférence de presse mercredi après-midi. Elle s’est réjouie du travail de longue haleine des équipes du SPVM, disant vouloir continuer de lutter contre l’augmentation des crimes armés.

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« Aujourd’hui, on voit une perquisition historique […] qui vient couper des revenus qui soutiennent l’achat d’armes à feu », a déclaré la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Avec Alice Girard-Bossé et Daniel Renaud, La Presse

En savoir plus

  • Drogue dangereuse
    L’amphétamine, un stimulant du système nerveux central, est une drogue de synthèse. « Ça prend de la manipulation pour fabriquer cette drogue et dans ce cas-ci, elle n’est certainement pas faite par un chimiste expérimenté », soutient Francis Renaud. On ne sait jamais ce que contiennent ces comprimés, poursuit-il. Même avec le même dealer qui s’approvisionne auprès du même fournisseur, en consommer demeure risqué pour la clientèle ciblée, soit les adolescents et jeunes adultes.
    Les saisies en chiffres
    6,5 millions de comprimés d’amphétamine ; 21 armes à feu ; 500 kg de poudre de méthamphétamine ; 6 presses pour la fabrication de comprimés ; plus de 300 000 $ en argent comptant.