Un pédophile montréalais condamné pour des accusations de nature sexuelle s’est fait coincer non pas par la police, mais par une journaliste de l’émission J.E. qui s’est fait passer en ligne pour une adolescente de 14 ans. Dans cette affaire inédite, le cœur de la preuve au procès reposait ainsi sur du matériel journalistique.

Publié le 19 mai
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Rémi Richard, un résidant de Lachine de 56 ans, était de retour en cour jeudi matin au palais de justice de Montréal en vue de l’imposition de sa peine. Il a été reconnu coupable en septembre dernier pour des chefs de leurre informatique et d’avoir rendu accessible du matériel sexuellement explicite à un enfant. La Couronne a déjà annoncé rechercher une peine de 20 mois de prison.

La « victime » de leurre dans cette affaire est Marie-Pier Cloutier, une journaliste de l’émission d’enquête J.E. Dans le cadre d’un reportage diffusé en novembre 2017 à TVA, la journaliste avait créé le profil d’une fille de 14 ans sur Périscope, une application qui permettait à l’époque de diffuser en direct des vidéos accessibles aux autres utilisateurs.

C’est dans ce contexte que la journaliste a communiqué avec Rémi Richard, dont la silhouette était brouillée dans le reportage. Alertés un mois plus tard par une « source » qui avait reconnu Rémi Richard, les policiers ont alors obtenu un mandat de perquisition auprès de TVA pour saisir les copies de toutes les vidéos et conversations entre l’homme et la journaliste.

« T’as 14… si tu veux te montrer, t’as ben beau »

Pendant plus d’une heure, Rémi Richard se masturbe continuellement en parlant à voix haute avec la journaliste qui communique avec lui par messages textes. Il affirme « triper » à se montrer les organes génitaux et qu’il serait « trippant » de rencontrer une « jeune fille qui aime se montrer ».

« N’importe quel âge. Pourvu que ça aille pas 10-11-12-13 ans. Si c’est pas l’âge, ben dans le fond… pas un enfant, enfant, enfant… fille qui s’exhibe et voyeuse… pas de trouble avec ça… pas un enfant du primaire », dit-il à la journaliste, qui lui répond alors avoir 14 ans. « T’as 14… si tu veux te montrer, t’as ben beau », rétorque-t-il.

Rémi Richard propose alors à la fausse adolescente de voir « en vrai c’taffaire là » et fixe un rendez-vous avec elle dans un stationnement du parc Angrignon. La journaliste confronte alors le prédateur en révélant sa véritable identité.

Pour sa défense au procès, Rémi Richard a fait valoir qu’il ne croyait pas que la victime avait 14 ans, puisque la conversation avait lieu de jour en semaine et qu’ils étaient sur un site pour adultes. Une version rejetée par la juge Josée Bélanger.

Huit mois après le verdict, Rémi Richard n’a toujours pas reçu sa peine. C’est que le pédophile a fait faux bond à trois reprises à son agent de probation et aux experts qui doivent l’évaluer, malgré les ordres de la cour. Il a dit à la juge jeudi avoir pris un nouveau rendez-vous avec un sexologue.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Le procureur de la Couronne MCharles Doucet au palais de justice de Montréal

« Il va devoir se conformer sinon sentence sera rendue sans qu’il ait le bénéfice de ces expertises », a affirmé le procureur de la Couronne, MCharles Doucet, en mêlée de presse.

Le dossier sera de retour en cour le 30 juin prochain.