Ils auraient filmé des gestes à caractère sexuel commis sur des mineures, puis diffusé le tout sur les réseaux sociaux. Au terme d’une longue enquête, trois jeunes de 17 ans de Mercier ont été arrêtés et accusés mercredi d’avoir agressé sexuellement cinq jeunes filles.

Mis à jour le 20 avril
Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Les trois adolescents auraient diffusé des images et des vidéos sexuellement explicites impliquant certaines victimes. Les séquences filmées et enregistrées à l’insu de jeunes élèves de l’école secondaire Louis-Philippe-Paré, à Châteauguay, ont circulé sur l’application Snapchat tout au long de l’été dernier.

Selon nos informations, il y aurait cinq victimes âgées de 13 à 15 ans, dont quatre fréquenteraient la même école.

Les suspects âgés de 17 ans ont été arrêtés au terme d’une longue enquête entamée en septembre dernier. L’un d’entre eux a été intercepté par la police devant l’école Louis-Philippe-Paré mercredi matin.

« Ça a circulé dans toute l’école. Les jeunes filles étaient démolies », affirme un membre du personnel de l’établissement, non autorisé à parler aux médias sous peine de représailles.

Jusqu’à tout récemment, l’un des suspects allait toujours à la même école qu’une des victimes, selon nos sources policières. Les deux s’y croisaient régulièrement.

Selon nos informations, certaines victimes ont même changé d’école après la diffusion des vidéos.

Ce modus operandi des trois suspects durerait depuis 2019, affirme une élève de quatrième secondaire au fait de la situation.

« Ça m’avait marquée, car je connaissais [l’un des suspects]. C’est plate parce que certaines filles ont changé d’école et d’autres ont carrément lâché leurs études. »

Accusations multiples

Les trois jeunes hommes arrêtés mercredi matin sont accusés d’agression sexuelle grave et de voyeurisme. Ils sont aussi accusés de production, possession et publication de pornographie juvénile.

L’un des trois suspects est également accusé d’avoir incité une mineure à produire du contenu intime sous la menace, de l’avoir forcée à publier du contenu intime et d’avoir volé du matériel informatique appartenant à l’école.

Les crimes auraient été commis entre le 28 juin et le 17 septembre derniers.

« Il n’est pas dans nos habitudes de commenter les situations spécifiques. Je peux toutefois vous informer que la situation mentionnée s’est produite durant l’été », a expliqué Hélène Dumais, du centre de services scolaire des Grandes-Seigneuries.

Elle n’a pas donné de détails sur les mesures prises par la direction pour gérer la situation. On ignore si des sanctions ont été imposées par la direction de l’école, qui avait été mise au courant des gestes allégués.

« Aussitôt que nous sommes informés d’une situation comme celle décrite, nous la traitons avec diligence et veillons à ce qu’une enquête soit réalisée et que les protocoles appropriés soient enclenchés. De même, nous agissons en toute collaboration avec le service de police du territoire concerné », a toutefois assuré Mme Dumais par courriel.

Longue et laborieuse enquête

L’enquête a débuté à la fin du mois de septembre. La police de Mercier était chargée du dossier, car les suspects habitent cette ville de la Rive-Sud de Montréal et les crimes y auraient été commis.

La Sûreté du Québec (SQ) a assisté le Service de police de la Ville de Mercier dans cette affaire, mais uniquement pour la partie technique de l’enquête.

En tout, cinq mandats de perquisition ont permis de saisir et de faire expertiser des appareils électroniques appartenant aux trois jeunes prévenus dans les derniers mois.

Amasser les preuves dans ce dossier a nécessité patience et minutie. « Il s’agit d’éléments qui ont été transmis par des moyens électroniques. Saisir les appareils, ce n’est pas une problématique, mais récupérer les éléments peut être difficile quand c’est diffusé sur certaines plateformes », explique Steeve Boutin, directeur du Service de police de la Ville de Mercier.

Rappelons que le contenu éphémère est diffusé pour une durée de 24 heures sur la plateforme Snapchat.

Selon nos informations, les policiers responsables du dossier sont intervenus auprès de deux des suspects pour stopper la production des images. Pour rassurer les victimes, on voulait s’assurer que le visuel à caractère sexuel ne serait plus partagé.

Les suspects n’auraient pas obtempéré.

C’est tolérance zéro. On veut que les gens comprennent que ce sont des crimes graves qui ne seront jamais pris à la légère par la police.

Steeve Boutin, directeur du Service de police de la Ville de Mercier

Malgré l’intervention de mercredi, l’enquête dans ces dossiers se poursuit et, de ce fait, d’autres accusations pourraient suivre dans les prochaines semaines. La police pense que les suspects auraient pu faire d’autres victimes.

« Pas normal »

Il faut en faire plus pour protéger tous les élèves et tous les étudiants, pas seulement ceux des cégeps et des universités, estime Josianne Deluy, cofondatrice du collectif La voix des jeunes compte.

Le regroupement milite pour une meilleure protection des victimes de violences sexuelles dans les écoles primaires et secondaires du Québec.

Les élèves du secondaire ne sont pas épargnés par les crimes de nature sexuelle, dit-elle. Elle déplore l’absence d’un cadre bien défini pour les directions d’école. « Pour moi, une victime qui croise son agresseur dans les couloirs, ce n’est pas normal. »

« Il faut une loi pour protéger les jeunes et leur permettre de poursuivre leurs études normalement », insiste Mme Deluy.