Le procès devant jury de Dominico Scarfo, accusé d’avoir comploté les meurtres et d’avoir tué les lieutenants de la mafia Lorenzo Giordano et Rocco Sollecito en 2016, s’est ouvert mardi au Centre de services judiciaires Gouin, à Montréal.

Publié le 25 janvier
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Dans sa déclaration d’ouverture, la procureure de la Poursuite, MMarie-Christine Godbout, a notamment dit que Lorenzo Giordano, tué alors qu’il venait d’arriver à son centre de conditionnement physique à Laval, le premier mars, et que Rocco Sollecito, abattu alors qu’il venait de quitter sa résidence, également à Laval, le 27 mai, ont été assassinés sur l’ordre de Salvatore Scoppa, dans un contexte de guerre avec la faction sicilienne de la mafia montréalaise.

Selon la théorie de la Poursuite, Giordano, 52 ans, a été tué de cinq balles de revolver à la tête et à la nuque par Scarfo et celui-ci a ensuite fui les lieux à bord d’une Mazda blanche conduite par un complice dont on doit taire l’identité.

Dans le cas de Rocco Sollecito, Scarfo conduisait une voiture et roulait immédiatement devant celle de la victime. Il s’est arrêté longuement à un arrêt obligatoire, forçant ainsi Sollecito à s’immobiliser plus longtemps. Ce dernier a alors été abattu de plusieurs projectiles au cou, à la poitrine et dans un bras par un individu caché dans un abribus.

Ce dernier a ensuite pris la fuite en montant sur une moto conduite par le même complice dont on doit taire le nom.

Le tueur devenu taupe pour la police

Mais le tueur de Rocco Sollecito a commencé à collaborer avec les enquêteurs de la Sûreté du Québec à la fin de 2018.

Durant l’été 2019, cet individu, dont on ne peut dévoiler l’identité, a discuté des meurtres de Giordano et de Sollecito avec Scarfo et l’a enregistré à son insu avec un dispositif portatif.

« Cet homme a obtenu les confessions de Scarfo qui a dit avoir tué Giordano avec un autre individu. Il lui a dit qu’aucune caméra ne tournait au moment du crime et qu’ils sont arrivés dans une Mazda blanche conduite par le complice. Pour ce qui est de Rocco Sollecito, ils l’ont surveillé durant des semaines », a déclaré la procureure, ajoutant que Scarfo s’est plaint de ne pas avoir reçu toutes les sommes promises pour ces assassinats.

Il a dit avoir reçu 17 500 $ pour le meurtre de Giordano et 5000 $ pour celui de Sollecito.

« Sans l’aide du collaborateur, la police n’aurait pu élucider ces meurtres. La preuve la plus percutante provient de l’accusé lui-même. Les pièces seront mises en place et l’image deviendra claire », a ajouté MGodbout, selon qui la preuve démontrera que Scarfo était un membre actif de la mafia.

Le procès s’amorce avec le meurtre de Lorenzo Giordano et par le témoignage de civils qui ont prêté assistance à la victime ou appelé au 911.

Un client du centre de conditionnement physique a témoigné et raconté qu’il faisait très beau le matin du premier mars 2016. Il venait d’arriver au centre, vers 8 h 30, lorsqu’il a entendu des bruits provenant d’une voiture garée près de la porte.

« C’était un feu d’artifice puis après, c’était la mort. On n’entendait plus rien. J’ai vu un homme contourner la voiture et quitter à pied. Il était très calme, comme si rien ne s’était passé. J’ai vu une femme sortir du côté conducteur. Elle était pleine de sang et elle s’est mise à crier », a décrit le témoin selon lequel le suspect était un blanc et mesurait un peu plus de cinq pieds et quatre pouces (1,64 mètre). Il a abandonné son arme sur place.

Un autre témoin a raconté que le décès de la victime a été constaté sur place et a ajouté avoir vu une petite voiture blanche quitter rapidement le stationnement.

Un 3e témoin a déclaré, par écrit, avoir vu, près de la voiture de la victime, un homme âgé d’environ 25 ans, qui mesurait environ 5’10 pouces et qui portait un kangourou gris qui couvrait sa tête, un court chandail brun foncé ou noir et des jeans de style skinny. L’homme tenait aussi une arme noire.

Le tueur devenu agent civil d’infiltration (ACI) pour la police témoignera au cours du procès qui doit durer trois mois et qui est présidé par le juge Michel Pennou de la Cour supérieure.

MCatherine Sheitoyan, MKarine Cordeau et MIsabelle Poulin représentent également la poursuite alors que Scarfo est représenté par MLuc Trempe et MPeter Georges-Louis.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.