L’agression armée d’un enseignant, jeudi, a causé une onde de choc dans le milieu de l’éducation. Tant les profs que les directions d’école s’inquiètent de la montée de la violence dans certains quartiers de Montréal.

Publié le 10 déc. 2021
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

« Je suis certaine qu’il y a beaucoup de profs qui sont rentrés à l’école aujourd’hui avec un drôle d’état d’esprit. C’est traumatisant de savoir qu’un collègue a été attaqué sur son lieu de travail », dit d’emblée Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeurs de Montréal.

Jeudi matin, un enseignant de l’école John-F.-Kennedy, dans le quartier Saint-Michel, a été victime d’une agression armée. Un adolescent de 16 ans a été accusé de tentative de meurtre, vendredi matin. Le professeur a été transporté dans un centre hospitalier, mais sa vie n’est pas en danger.

La présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES) rappelle que des élèves ont aussi été témoins de l’agression.

« Ça sème une inquiétude. Il est très important que nos élèves se sentent en sécurité dans les écoles et on doit tout faire pour préserver ce sentiment de sécurité », dit Kathleen Legault.

La violence dans les écoles n’est pas « un phénomène récent », rappelle Mme Beauvais-St-Pierre. Elle relate qu’à ses débuts en enseignement, elle a dû confisquer un poing américain « fait maison avec des clous rouillés » à un élève de sixième année dans une école du quartier Saint-Michel.

« Il manque de ressources dans le milieu de l’éducation et on a souvent un sentiment d’impuissance. Dans certains quartiers, ce sentiment est encore plus important », dit Mme Beauvais-St-Pierre, qui cite par exemple le manque de psychologues en milieu scolaire.

Les directions d’écoles relèvent que les incidents de violence survenus ces dernières semaines sont « isolés, mais grave ». « Est-ce que ce qu’on voit, c’est la pointe de l’iceberg ? », demande Kathleen Legault.

La présidente du syndicat des enseignants du Centre de service scolaire de Montréal croit en effet qu’on a « tendance à étouffer les évènements de violence » qui surviennent dans les écoles.

« Tout ce qui est violence est un peu banalisé. On choisit de protéger l’image de l’école au détriment de la sécurité des profs », dit Catherine Beauvais-St-Pierre.

L’AMDES appelle à la mise sur pied d’une table de concertation pour la grande région de Montréal parce que « l’école ne peut pas tout régler ».

« Il y a peut être des actions qu’on peut faire dès maintenant, mais il faut regarder aussi à moyen terme, parce que c’est complexe, la violence », dit sa présidente Kathleen Legault.