Le corps d’une jeune femme retrouvé dans un terrain vague de Longueuil il y a 44 ans a finalement été identifié par les enquêteurs de la police de Longueuil, a appris La Presse.

Publié le 3 déc. 2021
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Vers 15 h 50, dans l’après-midi du samedi 2 avril 1977, trois amies qui marchaient dans un terrain vague de Longueuil ont découvert le cadavre sans vie d’une jeune femme.

Dans leur déposition aux policiers, Ginette Robert, Guylaine Paulin et Lynda Richard ont indiqué que le cadavre qu’elles ont vu dans un bois en face du 1340, chemin du Lac était dévêtu. Les policiers ont noté qu’il était enveloppé dans une couverture à motifs blanc et vert.

Une autopsie réalisée deux jours après la découverte du corps de la jeune femme n’a pas permis d’établir la cause du décès. « Présence d’un discret piqueté de pétéchies au visage et au cou, a écrit le DClaude Pothel, pathologiste. Pas d’évidences de marque de violence dans l’état cadavérique actuel. »

Les analyses chimiques ont montré qu’aucune drogue ne se trouvait dans l’organisme. Le DPothel a noté la présence de spermatozoïdes dans le vagin de la femme.

SPVM

Fiche de la disparition d'Evelyne Levasseur-Pulice qui était affichée sur le site du SPVM jusqu'à la semaine dernière.

Rapidement, les enquêteurs ont rendu publique la découverte dans le but d’identifier le corps.

« Les limiers ont reçu des appels de plusieurs personnes dont une fille, âgée entre 18 et 25 ans, était disparue du domicile familial, écrivait à l’époque le journal Allo Police, qui avait publié une photo de la victime. Toutes ces personnes ont défilé à la morgue provinciale, mais aucune n’a reconnu sa fille. »

Les enquêteurs ont récemment réalisé qu’il s’agissait d’Evelyne Levasseur-Pulice, une jeune femme de Montréal qui avait été portée disparue en janvier 1977.

Evelyne Levasseur-Pulice habitait au 4446, rue Bélanger, à Montréal. Elle a disparu le 1er janvier 1977, mais sa famille a déclaré sa disparition aux autorités le 15 janvier de la même année.

Pendant des années, la fiche d’Evelyne Levasseur-Pulice a été affichée dans la section des personnes disparues sur le site internet du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Mais la page n’est plus accessible depuis jeudi dernier. « Cette fiche a été retirée, la personne n’est plus recherchée. Merci de votre aide », lit-on désormais.

Selon nos informations, ce serait grâce à la collaboration de la famille d’Evelyne Levasseur-Pulice que les enquêteurs de Longueuil ont pu faire un rapprochement avec le cadavre retrouvé sur le chemin du Lac en 1977.

Disant s’être fait recommander par les enquêteurs de ne pas parler aux médias, la famille de Mme Levasseur-Pulice a refusé de faire part de ses commentaires à La Presse.

Plusieurs victimes ?

John Allore, auteur spécialisé dans les homicides non résolus et animateur de l’émission balado Who Killed Theresa ?, a été le premier à faire un lien entre le cadavre de la jeune femme retrouvé à Longueuil et la disparition d’Evelyne Levasseur-Pulice.

« Evelyne est disparue en janvier, et le corps a été retrouvé en avril, explique-t-il. Les dates concordaient, et je trouvais que sur les photos, les cheveux et les traits du visage se ressemblaient. »

M. Allore a communiqué sa théorie par courriel à un enquêteur de la section des homicides non résolus de la Sûreté du Québec en 2017, mais n’a reçu aucune réponse.

Pour John Allore, les homicides non résolus ont une résonance particulière : sa sœur Theresa Allore a été retrouvée sans vie à l’âge de 19 ans en 1979 à Compton, dans les Cantons-de-l’Est, un crime non résolu qu’il raconte dans son récent livre Wish You Were Here.

M. Allore remarque que ce n’était pas la première fois qu’une jeune femme de Montréal était retrouvée sans vie sur le chemin du Lac à Longueuil. En avril 1975, le corps d’une adolescente nommée Sharon Prior, 16 ans, avait aussi été retrouvé dans ce secteur. Trois jours plus tôt, Sharon Prior avait disparu alors qu’elle allait rejoindre des amis près de chez elle, à Pointe-Saint-Charles. Son cadavre portait des marques de viol. Il s’agit d’un homicide non résolu.

On a deux jeunes femmes qui ont été retrouvées sur le même chemin, à deux ans d’intervalle pratiquement jour pour jour. Ce n’est pas banal.

John Allore, auteur spécialisé dans les homicides non résolus

Questionnées sur la raison du retrait de la fiche de recherche d’Evelyne Levasseur-Pulice, les relations médias du SPVM nous ont répondu : « Après vérification auprès de la Section des crimes majeurs du SPVM, nous vous confirmons que cette enquête a été menée par la police de Longueuil.»

À la police de Longueuil, le service des communications indique qu’une enquête concernant la mort de Mme Levasseur-Pulice est en cours.

« Le dossier d’Evelyne Levasseur-Pulice est un dossier qui fait l’objet d’une enquête et nous ne pouvons malheureusement pas confirmer quoi que ce soit dans ce dossier pour ne pas entraver le travail des enquêteurs. »