L’experte de la défense Anny Sauvageau a contredit les causes de la mort de la fillette de Granby qui avaient été présentées jusqu’à maintenant dans le procès de la belle-mère de l’enfant. La témoin a conclu que la fillette était bel et bien morte à cause du ruban adhésif dans lequel elle était enroulée, mais elle a jugé peu probable que la bouche et le nez fussent couverts.

Publié le 1er déc. 2021
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

La consultante en pathologie judiciaire a déterminé que la fillette était morte d’hyperthermie par enveloppement corporel et d’asphyxie mécanique. La pathologiste judiciaire Caroline Tanguay, qui a témoigné à la demande de la Couronne il y a trois semaines, a plutôt affirmé que la victime était morte de suffocation externe.

« Une suffocation externe, il aurait fallu que le ruban adhésif soit mis de manière à obstruer complètement la bouche et le nez, a expliqué Mme Sauvageau. Il faudrait prendre le soin de bien lisser le long de la bouche et remonter le long du nez. »

L’experte a souligné que si l’enfant était morte de suffocation externe, les premiers répondants auraient remarqué des marques de compression sur son visage et pas seulement sur son corps. La fillette aurait été incapable de parler, de crier ou de pleurer comme l’ont rapporté le fils de l’accusée et la belle-mère elle-même.

Hypothèse de l’hyperthermie

Mme Sauvageau juge « très probable » que l’enfant soit plutôt morte d’hyperthermie par enveloppement corporel. La fillette portait une chemise, les manches nouées à l’arrière, comme un vêtement de contention, avant d’être enroulée dans plusieurs couches de ruban adhésif. Une tuque rose avait aussi été placée entre ses chevilles.

Un enveloppement dans du matériel comme ça, ça peut faire en sorte que le corps ne peut pas renvoyer sa température vers l’extérieur s’il a trop chaud. Il ne peut pas faire sa sudation de manière efficace. Même si on devient mouillé, on ne peut pas faire les échanges de température pour se refroidir.

Anny Sauvageau, pathologiste, troisième et dernier témoin de la défense

Cette théorie expliquerait pourquoi un policier et une ambulancière ont trouvé le corps de la fillette chaud lorsqu’elle a été découverte, nue et inanimée, sur le plancher de sa chambre, a dit Mme Sauvageau. Les premiers répondants avaient d’ailleurs parlé d’un « mur de chaleur » lorsqu’ils sont entrés dans la chambre de la victime.

Mme Sauvageau a également souligné qu’avant d’être enroulés de ruban adhésif, les bras de l’enfant ont été ramenés, en croix, sur son thorax. « Avec le tape serré », cette position a pu empêcher « les mouvements respiratoires ».

La Dre Caroline Tanguay avait pour sa part exclu l’hypothèse de l’hyperthermie, car elle jugeait impossible que la température de l’enfant soit alors descendue à 34,1 pendant son transport vers l’hôpital. La pathologiste avait aussi étudié la possibilité d’une asphyxie mécanique, mais avait écarté cette conclusion à l’écoute du témoignage du fils de l’accusée. Celui-ci a affirmé qu’il y avait un espace entre le ruban et le corps de l’enfant. Il a aussi dit avoir vu la bouche et le nez de sa sœur couverts de papier collant.

Analyses différentes des expertes

Plus tôt en après-midi, Anny Sauvageau a détaillé l’évolution de la taille et du poids de la victime au cours de sa courte vie. L’experte a conclu que l’enfant était petite et que son poids était proportionnel à sa taille.

« Je ne considère pas qu’elle était maigre ou dénutrie », a affirmé Mme Sauvageau. Celle-ci a laissé entendre que l’enfant a parfois été « en surplus de poids malgré qu’elle était petite ». La Dre Tanguay avait quant à elle rapporté un « retard pondéral important ».

Les premiers témoins arrivés dans la chambre de la fillette de 7 ans ont aussi parlé d’une enfant « rachitique ». Un policier a fait référence aux enfants affamés d’Éthiopie.

La belle-mère, âgée de 38 ans, est accusée de meurtre au deuxième degré et de séquestration.

Jeudi, la Couronne procédera au contre-interrogatoire d’Anny Sauvageau. Les plaidoiries de la défense et de la Couronne, l’une des dernières étapes du procès, auront lieu par la suite.