Marie-Josée Viau et Guy Dion n’ont peut-être pas eux-mêmes « appuyé sur la gâchette » pour tuer les frères Falduto dans leur garage, mais ils ont bel et bien « contribué » à les assassiner, a plaidé la Couronne jeudi, en insistant sur la vraisemblance de leurs « aveux » captés à leur insu. Après des mois de procès, le jury sera finalement appelé à trancher le sort des accusés la semaine prochaine.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Depuis mai dernier, Marie-Josée Viau et son conjoint Guy Dion subissent leur procès au Centre de services judiciaires Gouin. Ils sont accusés d’avoir comploté et participé aux meurtres au premier degré des frères Vincenzo et Giuseppe Falduto, survenus dans le garage de leur propriété de Saint-Jude à l’été 2016. Un meurtre commandé par le mafieux Salvatore Scoppa, selon la Couronne.

La preuve de la Poursuite repose en grande partie sur le témoignage de l’assassin des frères Falduto et sur des enregistrements pris par ce dernier en 2019 pour compromettre le couple Dion-Viau au sujet des meurtres. Devenu agent civil d’infiltration pour la police, le tueur à gages de la mafia portait des dispositifs d’enregistrement (bodypack) lors de plusieurs rencontres avec les accusés.

« Les bodypack, c’est notre preuve la plus percutante », a fait valoir la procureure de la Couronne MIsabelle Poulin. Sur ces enregistrements, on peut entendre Marie-Josée Viau donner entre autres de nombreux détails sur le déroulement des meurtres en discutant avec le tueur, trois ans après les faits. « Nous on qualifie ça d’aveux », a résumé MPoulin. Elle a ainsi invité le jury à « écarter la majeure partie » du témoignage des accusés au procès.

La défense soutient que Marie-Josée Viau a inventé de toutes pièces ces détails, car elle avait peur du tueur à gages. Or, souligne MPoulin, l’accusée donne ces détails « sans qu’aucune question directe lui soit posée ». « Marie-Josée Viau y va de détails pointus, précis, voire scabreux, de ce qu’elle a fait dans la nuit. [Elle] dit beaucoup de choses, sans retenue, avec aisance, il lui arrive même de rigoler avec [le tueur] », a souligné MPoulin.

« [Les accusés] vous demandent de considérer leurs aveux comme des mensonges inventés au fur et à mesure, résultat de leurs craintes face [au tueur]. Cet homme avec qui ils souhaitent faire des affaires. Marie-Josée Viau va même jusqu’à l’inviter à la fête d’anniversaire de Guy [Dion], où elle veut le présenter à ses amies de filles. Est-ce que ça vous paraît une version logique ? Je vous soumets que non », a plaidé MPoulin.

Trois ans après les meurtres, l’accusée a raconté au tueur avec « beaucoup de froideur » comment elle s’y est prise pour brûler les corps des deux frères. Marie-Josée Viau est d’ailleurs particulièrement « graphique » dans son récit. « Ça brûlait pas calice. Ça brûlait pas ! J’y vais au pic pis à la pelle. Pour être sûr que ça… au complet… », dit-elle.

« Je vous pose la question. C’est quoi le besoin d’être si graphique si c’est pas effectivement ce qu’elle a fait ? Je vous suggère qu’elle décrit, de façon très graphique, qu’elle est au pic et à la pelle dans les cadavres pour les ouvrir », a résumé MPoulin.

Au procès, les accusés ont assuré n’avoir jamais brûlé les corps. Ils ont affirmé être allés porter les corps chez un certain Guidou, puis avoir prétendu, « à la vie à la mort », avoir brûlé les cadavres. « [Marie-Josée Viau] vous l’a dit qu’en 2019, elle a menti au [tueur] et que c’est en 2021 qu’elle dit maintenant la vérité. Demandez-vous : « Et si c’était l’inverse ? » », a conclu MPoulin.

Comme sa femme, Guy Dion maintient qu’il ne savait pas que les frères seraient assassinés dans son garage ce jour-là. Au moment fatidique, Guy Dion coupait du bois avec sa scie à chaîne pour couvrir le bruit des coups de feu sur son terrain. S’il agissait ainsi, c’est qu’il croyait que son beau-frère « Brad Pitt » -le bras droit de Salvatore Scoppa-voulait « essayer » des armes à feu cachées dans son garage sans attirer l’attention.

« Vous ne trouvez pas que ce récit est cousu de fil blanc ? Que c’est une série de malchances ? », s’est interrogée MPoulin.

Au procès, Guy Dion a expliqué avoir aidé le tueur à nettoyer la scène, parce qu’il était « tombé sur un automatisme ». Quand il a vu les corps dans le garage, « l’adrénaline a embarqué », avait-il témoigné. Or, selon le tueur, Guy Dion était d’un « calme déconcertant » en arrivant dans le garage, souligne MPoulin. L’accusé aurait même rigolé à un certain moment, lorsque les nerfs d’un cadavre ont bougé.

« Je vous soumets que cette absence de réaction de Guy Dion en arrivant dans le garage est incompatible à une personne qui ne savait pas que des meurtres allaient se commettre chez lui », a fait valoir MPoulin.

« L’unique évènement qui s’est produit à leur insu, ce sont les enregistrements bodypack. Tout le reste, ils le savaient. Ils le savaient que des meurtres allaient être commis dans leur garage », a conclu la procureure de la Couronne.

Le juge Éric Downs amorcera ses directives au jury jeudi prochain. À compter du vendredi 29 octobre, les jurés devraient ainsi commencer leurs délibérations jusqu’à leurs verdicts.