Un père qui a vu ses deux filles poignardées par leur mère, dont l’une mortellement, accuse son ex-conjointe d’avoir fait ce geste pour l’atteindre lui.

Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

« Vous l’avez tuée pour me détruire. Ce que vous avez réussi », a-t-il affirmé dans une lettre qu’il a écrite et qui a été lue mercredi devant le tribunal.

La mère, accusée d’avoir tué sa fille de 11 ans et d’avoir tenté de tuer son autre fille de 5 ans en avril 2020, dans le quartier Villeray à Montréal, sera vraisemblablement déclarée non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux. Son procès, qui devait s’amorcer la semaine dernière au palais de justice de Montréal, a été annulé mardi.

Une ordonnance de non-publication nous interdit de nommer l’accusée pour protéger l’identité des enfants.

Mais le père ne croit pas à l’explication des troubles mentaux. « Au fond de mon cœur, de mon âme et de ma raison, je vous crois coupable d’avoir agi sous le coup de la colère et non d’une psychose », écrit-il, dans la lettre lue par la procureure de la Couronne, MJasmine Guillaume.

« Peu importe votre état d’esprit au moment du drame, il n’en demeure pas moins que ma fille […] a subi un geste d’une violence extrême de votre part en recevant deux coups de couteau, tout près du cœur, lui perforant le thorax et un poumon. Mais surtout, vous avez enlevé la vie à sa grande sœur d’amour sous ses yeux. »

« Pourquoi, maman ? »

Selon le père, la fillette de 11 ans aurait crié « pourquoi, maman ? » juste après avoir été poignardée au cœur par sa mère.

Dans sa « déclaration de victime », le père semble régler ses comptes avec son ex-conjointe. « Vous ne pouvez désormais plus dire à tout un chacun, comme vous l’avez toujours fait, que vous avez été victime de violence conjugale avec moi, alors que c’est plutôt moi qui en fus victime et qui ai subi toutes les conséquences dévastatrices de vos problèmes de santé mentale. »

Le père souligne à quel point il avait une bonne relation avec sa fille aînée, qui voulait devenir policière, et qu’il lui procurait tout ce qu’elle désirait.

Il souligne aussi les impacts sur sa plus jeune, affirmant que la fillette veut faire changer son nom de famille pour ne plus porter celui de sa mère.

« Vous avez commis l’irréparable devant elle et attenté à sa vie. Elle ne l’oubliera jamais. Elle ne vous le pardonnera jamais. Et vous n’allez pas la revoir de sitôt », écrit-il. « Je suis son héros, je lui ai sauvé la vie, me dit-elle. »

Il raconte aussi que la petite, qui a maintenant 7 ans, rêve qu’elle voit arriver sa mère dans sa chambre pour la poignarder.

À la toute fin de l’audience, après avoir écouté la déclaration de victime écrite par son ex-conjoint, en prenant parfois sa tête dans ses mains, la mère s’est adressée brièvement à la juge Myriam Lachance, de la Cour supérieure.

« J’ai été une maman merveilleuse. J’aime mes enfants. Je leur souhaite le meilleur », a-t-elle dit d’une toute petite voix. La mère est représentée par Me Véronique Robert.

C’est vendredi que la juge Lachance rendra officiellement sa décision au sujet de la non-responsabilité criminelle de la mère pour cause de troubles mentaux. Le sort de la femme de 35 ans sera ensuite entre les mains de la Commission d’examen des troubles mentaux.