C’est une véritable partie d’échecs, au cours de laquelle chaque mot a été pesé, et chaque réponse ou hésitation, analysée, que la Poursuite et Marie-Josée Viau se sont livrées lundi, au Centre de services judiciaires Gouin, à Montréal.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Marie-Josée Viau et son conjoint, Guy Dion, qui subissent leur procès devant jury, sont accusés d’avoir comploté et d’avoir participé aux meurtres des frères Vincenzo et Giuseppe Falduto, assassinés par un tueur à gages de la mafia, dans le garage de la propriété du couple à Saint-Jude, près de Saint-Hyacinthe, le 30 juin 2016.

Mais deux ans et demi plus tard, le tueur à gages est devenu taupe pour la police et a enregistré Viau et Dion à leur insu, avec un dispositif d’enregistrement portatif.

Sur ces enregistrements, Marie-Josée Viau dit notamment à la taupe qu’elle et son conjoint ont brûlé les corps durant des heures, qu’ils ont déposé un boyau d’arrosage à proximité au cas où les flammes auraient atteint un fil électrique qui surplombait le foyer, et que l’accusée a rempli un panier d’épicerie de litres d’eau de javel pour nettoyer les lieux.

Viau et Dion nient avoir brûlé les corps, jeté les restes dans une rivière et avoir gratté leur terrain. Ils disent avoir laissé la voiture et les corps des victimes à un certain Guidou et lundi, Marie-Josée Viau a nié avoir rempli un panier d’épicerie d’eau de javel ce jour-là.

Elle a déclaré avoir dit des mensonges à la taupe – tellement qu’elle se perdait dans ses menteries parfois – et avoir été « menteuse et hypocrite », car elle avait peur de lui.

Elle a aussi dit avoir inventé ses mensonges à partir de véritables expériences survenues à son travail ou durant ses travaux de rénovation.

Où est la vérité ?

« Mme Viau, vous qui êtes une femme structurée, méthodique, soucieuse du détail et à votre affaire, la seule solution que vous avez trouvée, c’est d’être allé porter l’auto [et les corps] chez un bonhomme chambranlant [Guidou], en espérant que ça ne remonte jamais jusqu’à vous ?

Ne serait-il pas plutôt exact de dire que la vérité sur les évènement se trouve dans les extraits des enregistrements » ?, lui a demandé la procureure MIsabelle Poulin.

À un autre moment, la procureure a mis le pied dans la porte lorsque Marie-Josée Viau a admis s’être montrée intéressée lorsque le tueur à gages, qui l’enregistrait à son insu, l’a invitée à s’impliquer dans un projet de commerce de cannabis légal en 2019.

« Oui, je voyais ça comme une opportunité d’emploi », a dit Marie-Josée Viau.

« Mais vous n’aviez pas peur de la taupe » ?, lui a demandé MPoulin.

« Pardon ? Oui, j’étais craintive de la taupe », a répondu Mme Viau.

MPoulin a aussi questionné Marie-Josée Viau sur les armes qu’elle cachait chez elle, et qui appartenaient au chef de clan de la mafia Salvatore Scoppa.

« Ce n’était pas une source d’inquiétude pour vous d’avoir des armes qui appartenaient à Salvatore Scoppa ?, a interrogé la procureure.

« Oui mais Brad Pitt – un individu qu’on ne peut nommer depuis le début du procès – nous a rassurés en disant que les armes devaient être vendues », a dit l’accusée.

« Mais vous ne profitez pas de ça pour dire [à Brad Pitt] : “Prends tes cliques et tes claques et enlève ça de chez nous ?”, a poursuivi MPoulin.

« Non », a répondu Mme Viau.

Celle-ci a également répété que ce n’est qu’après le souper, le 30 juin 2016, qu’elle a constaté qu’il y avait eu deux victimes et non une, en retournant elle-même dans le garage, et MPoulin a été étonnée que Guy Dion ne lui ait pas dit plus tôt.

Pendant que Guy Dion prenait des notes en écoutant religieusement le témoignage de sa conjointe, MPoulin et l’avocate de Marie-Josée Viau, MMylène Lareau, se sont décoché quelques flèches durant le contre-interrogatoire qui se poursuivra mercredi.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.