Quelques secondes avant que Simon-Olivier Bendwell soit poignardé dans le dos en pleine rue, Maxime Chicoine-Joubert tenait fermement un long objet « brillant de six pouces », a assuré l’ami de la victime. Avant de s’en prendre à eux, l’accusé venait de menacer un autre homme. « Viens te battre ! Je suis un caïd ! », avait-il vociféré.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

La Couronne a terminé la présentation de sa preuve vendredi avec deux témoins clés au procès de Maxime Chicoine-Joubert. Le Montréalais de 26 ans est accusé du meurtre prémédité de Simon-Olivier Bendwell, un homme de 18 ans poignardé dans le dos sans raison apparente, le soir du 28 juillet 2019, dans le Quartier des spectacles, à Montréal.

Selon la théorie de la poursuite, « la colère et l’agressivité de l’accusé ont culminé avec une attaque au couteau envers Simon-Olivier ».

Ce soir-là, vers 23 h 30, Alexander Fitchev marche sur le boulevard Saint-Laurent avec Simon-Olivier Bendwell, à la recherche d’un bar. Quand Alexander Fitchev ricane en se trompant de chemin, un homme le prend soudainement au collet. « Pourquoi tu ris ? », lance l’homme, « très agressif », raconte-t-il au jury. « C’était intense », ajoute-t-il.

Pendant l’empoignade, Alexander Fitchev distingue dans la main droite de son agresseur un « objet brillant de six pouces, mince et long ». L’objet dépasse nettement du poing fermé de son assaillant.

Sur les vidéos de surveillance présentées au jury, on peut voir l’accusé, Maxime Chicoine-Joubert (chemise hawaïenne), s’attaquer à Alexander Fitchev (t-shirt noir) sur le trottoir. La victime (t-shirt blanc) est alors en retrait.

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Simon-Olivier Bendwell, mort le 28 juillet à Montréal

Même s’il pratique la boxe, Alexander Fitchev se retire de l’altercation et demande à son ami de l’imiter. « On n’avait aucune chance », raconte l’étudiant. En traversant le boulevard De Maisonneuve, il observe son ami qui échange pendant 10 secondes avec les trois hommes. « [Simon-Olivier] a les mains sur ses côtés. Il n’y a pas de rage dans ses mouvements », décrit-il.

Soudain, son ami s’effondre au sol en pleine rue. « Ses yeux étaient morts », se remémore-t-il. Il traîne alors le corps de son ami sur le trottoir. Même s’il observait la scène, Alexander Fitchev affirme n’avoir pas vu le coup de couteau. Les secondes fatidiques sont d’ailleurs absentes des vidéos en raison d’une erreur d’enregistrement.

IMAGE TIRÉE D’UNE VIDÉO DÉPOSÉE EN COUR

L’accusé, Maxime Chicoine-Joubert (à gauche), avec ses deux amis, Éric Pierre-Louis (au centre) et Jean-Philippe Dumaine, le soir du meurtre

Un employé avait peur de Chicoine-Joubert

Quelques secondes avant cette tragique altercation, Maxime Chicoine-Joubert sortait d’un restaurant Subway situé tout près. C’était la deuxième fois que l’accusé s’y rendait ce soir-là avec ses deux amis pour invectiver un employé. La première fois, vers 19 h, Maxime Chicoine-Joubert lui avait crié dessus pour « montrer son autorité », raconte Rachid Saoud.

Quand Maxime Chicoine-Joubert et son ami Jean-Philippe Dumaine retournent dans le restaurant à 23 h 30, Rachid Saoud s’empresse d’appeler la police. L’accusé est particulièrement menaçant et crache dans sa direction. « Viens te battre ! Je suis un caïd ! Tu ne me connais pas ! J’ai grandi dans un quartier chaud ! », s’emporte Maxime Chicoine-Joubert, selon le témoin.

« Je ne me sens pas en sécurité. J’ai peur qu’il me frappe avec quelque chose », témoigne Rachid Saoud. Sans l’intervention d’un autre ami de l’accusé, celui-ci aurait « sauté sur le comptoir », estime le témoin. À son avis, l’accusé était de toute évidence en état d’ébriété. Les trois hommes avaient d’ailleurs consommé de la cocaïne et de grandes quantités d’alcool ce soir-là.

Dans les jours suivants, Maxime Chicoine-Joubert a fait plusieurs recherches relatives à un meurtre, selon un rapport d’analyse de son téléphone déposé en Cour. « Homicide alcool », « Homicide conjugal statistique », « Meurtre second degré » et « Meurtre sentence » font partie des expressions recherchées par l’accusé sur son téléphone.

Nous saurons mercredi si l’accusé, représenté par MMarie-Hélène Giroux, présentera une défense. MKaterine Brabant et MLouis Bouthillier représentent le ministère public.