Guy Dion était sur le « pilote automatique » lorsqu’il a aidé un tueur à gages de la mafia italienne à enrouler dans le plastique deux frères qui venaient d’être assassinés dans son garage. Mais jamais il n’a brûlé les corps des deux hommes, a juré mardi le pompier de Saint-Jude. « C’est pas dans mes gènes », s’est-il défendu.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

L’homme de 50 ans se frotte le bras droit à la barre des témoins. « Je vous en parle et j’ai des gros frissons. J’en shake », confie-t-il au jury, en racontant les folles minutes qui ont suivi les meurtres. Dans le box, sa conjointe Marie-Josée Viau sèche ses larmes. L’accusé présente depuis lundi sa version des faits, après trois mois de preuve de la Couronne.

Guy Dion et Marie-Josée Viau sont accusés d’avoir comploté et participé aux meurtres des frères Vincenzo et Giuseppe Falduto, le 30 juin 2016. Selon la thèse de la Couronne, Guy Dion a fait un vacarme pour camoufler les assassinats survenus dans le garage de son grand terrain de Saint-Jude en Montérégie. Avec l’aide de sa conjointe, il aurait ensuite nettoyé la scène et brûlé les corps des victimes.

Mais s’il utilisait sa scie mécanique au moment fatidique, c’est qu’il croyait que les tireurs allaient « essayer » des armes à feu entreposées chez lui dans le but de les vendre. Il ignorait ainsi que les frères Falduto seraient abattus, selon sa version.

En arrivant dans son garage, Guy Dion est donc sous le choc en voyant un corps près de son ex-beau-frère, un proche du mafieux Salvatore Scoppa surnommé « Brad Pitt » au procès.

« Mon corps s’est tout redressé, tout comprimé… Une boule dans le cœur… J’essayais de comprendre ce qui s’était passé, mais je pouvais pas comprendre. […] Mais cette journée-là, j’ai complètement perdu la notion… Il y a des choses que je n’aurais jamais faites de ma vie. L’adrénaline a embarqué », a-t-il confié au jury, en cherchant ses mots.

C’est à ce moment que le tueur à gages – et témoin clé de la Couronne puisqu’il a collaboré avec la police pour pincer le couple Dion-Viau – lui répète les mots « plastique » de façon « très agressive ». « Il m’a dit : trouve-moi du plastique. À partir de ce moment, je suis tombé sur un automatisme », a poursuivi l’accusé.

En allant chercher du plastique, Guy Dion croise un deuxième corps, mais il continue son chemin, poussé par « l’adrénaline ». En retournant au garage, il aperçoit le tueur à gages donner au moins un cellulaire à Brad Pitt et exposer une « petite fiole » dans une sacoche. Sa conjointe Marie-Josée Viau débarque ensuite. « Elle a regardé [Brad Pitt] et a dit : "c’est quoi ça ?" », s’est remémoré Guy Dion.

Pendant son témoignage, Guy Dion a répété à une dizaine de reprises avoir agi « sur l’autopilote » ou par « automatisme ». En effet, personne ne lui a ordonné d’enrouler de plastique les deux corps et de les déposer dans un véhicule de marque Audi, a-t-il admis. « Je voulais que le temps arrête. Que ça s’en aille. Les corps, l’auto, les fusils, je voulais que tout s’en aille. Je voulais que ça débarrasse… », s’est-il justifié.

Alors que Marie-Josée Viau commence à nettoyer la scène de crime à l’eau de Javel, Brad Pitt part en lui disant qu’il allait revenir en soirée. « N’appelez pas la police, tout va être correct », le rassure-t-il. Guy Dion est alors en « panique », ce qui ne lui était jamais arrivé comme pompier et directeur des services incendies. D’ailleurs, quelques heures plus tard, il était de service pour éteindre un incendie dans la ville voisine.

À son retour, pendant la nuit, Marie-Josée est en pleurs. Elle lui confie s’être engagée auprès de Brad Pitt à « tout faire brûler ». L’accusé réalise alors la portée de cet engagement : ils doivent faire brûler « les corps, l’auto, les gants », a-t-il expliqué.

Alors que Brad Pitt ne répond pas à ses messages, un dénommé « Monsieur » lui envoie un message texte sur son appareil sécurisé. « J’ai compris que c’était Salvatore Scoppa qui me parlait », a témoigné Guy Dion. « Il m’envoie un autre message : vous vous en occupez. J’ai pogné les nerfs. J’étais en criss. J’étais en colère. J’ai su que [Brad Pitt] ne viendrait pas », a-t-il poursuivi.

« On est vraiment dans la marde ! », lâche alors Guy Dion à sa conjointe. Mais pas question pour ce pompier de faire brûler les corps. « Je suis pas capable. C’est pas mes gènes. C’est pas moi. J’ai dit non. Pas de corps qui va se brûler ici », a-t-il maintenu. « Je savais pas quoi faire, j’étais désemparé, j’étais nerveux, j’avais peur, j’étais craintif. »

Ensuite, Brad Pitt lui demande par texto d’aller porter le véhicule Audi laissé chez lui chez un certain « Guidou » à Saint-Guillaume. Guy Dion le certifie : les corps des frères Falduto étaient toujours dans le véhicule, dont un sur la banquette arrière. C’est à ce moment qu’il a décidé d’abandonner les corps dans le véhicule chez Guidou.

Sur le chemin du retour, Guy Dion et Marie-Josée Viau s’entendent pour faire « accroire » qu’ils ont fait brûler les corps. « On y allait à la vie, à la mort avec ça », a répété Guy Dion. « Tout le monde est persuadé. [Le tueur à gages], [Brad Pitt] et M. Scoppa pensent qu’on les a brûlés », a-t-il conclu.

La preuve de la Couronne repose en grande partie sur le témoignage du tueur à gages, devenu agent civil d’infiltration (ACI) de la police. Trois ans après les meurtres, l’ACI a enregistré de nombreuses conversations à l’insu des accusés. Dans ces extraits présentés au jury, Guy Dion et sa conjointe laissent entendre clairement avoir nettoyé la scène et brûlé les corps.

Selon Guy Dion, ils ont maintenu cette version, puisque le tueur à gages était persuadé qu’ils avaient brûlé les corps. « Je ne veux pas le contrarier et l’obstiner. Je ne veux pas le mettre à bout et montrer qu’on est une menace pour lui », s’est-il justifié. Il avait d’ailleurs « peur » de s’échapper pendant la conversation.

Son témoignage se poursuit mardi après-midi au Centre de services judiciaire Gouin à Montréal. Il est interrogé par son avocate, MNellie Benoît.