« On est de simples travailleurs et on se fait ramasser par quelqu’un qui a pris de mauvaises décisions… », lâche Rémi Fortier. Le travailleur routier était le « seul encore debout », lorsqu’un chauffard en état d’ébriété a tué un collègue et blessé six autres travailleurs. Vincent Lemay a été condamné vendredi à quatre ans de détention.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« C’est réconfortant, quatre ans. On craignait [que ce soit une peine de] deux ans moins un jour. Mais M. [Stéphane] Lebel ne reviendra pas », a commenté Rémi Fortier, après le jugement. Le travailleur a souffert d’un trouble post-traumatique dans la foulée de ce tragique accident. « [Après l’accident], je cherchais les gars… Je n’ai pas de séquelles physiques. C’est mental », a-t-il confié, encore ébranlé.

La conduite « imprudente, déréglée et téméraire » de Vincent Lemay le 23 février 2018 a eu de lourdes conséquences pour une dizaine de familles. Non seulement Stéphane Lebel a perdu la vie, mais la quasi-totalité des victimes ont subi de « terribles » blessures, souligne le juge Pierre Dupras.

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Stéphane Lebel

Ce soir-là, Vincent Lemay affichait une alcoolémie de 1,69 mg/L – plus du double de la limite légale – lorsqu’il a « roulé à pleins gaz » à l’approche d’un chantier routier près du rond-point de Dorval, sur l’autoroute 20 à Montréal. À 135 km/h, au volant de sa camionnette F-250, le foreur qui avait pris un coup avec des collègues a percuté de plein fouet un véhicule Honda CR-V qui a été projeté sur les victimes.

Lors des observations sur la peine, son avocat a rejeté la faute sur le ministère des Transports et sur la conductrice du Honda CR-V, blessée dans la collision. « Cette dame-là, elle conduisait mal. Elle ne savait pas pantoute ce qu’elle faisait. […] Bon, on peut penser que Monsieur allait trop vite et que s’il n’y avait pas eu d’alcool, il aurait probablement conduit différemment », avait plaidé MDubé, en juin dernier.

Un argument qui n’a pas été retenu par le juge qui relève comme facteurs aggravants le nombre de victimes, le taux d’alcool de l’accusé et sa vitesse excessive. Le juge a aussi tenu compte des trois infractions routières de Vincent Lemay après le crime, dont deux pour excès de vitesse. Il lui sera maintenant interdit de conduire pendant cinq ans.

La défense réclamait trois ans de détention, alors que la Couronne demandait cinq ans pour dénoncer le « fléau » de l’alcool au volant. Dans de brefs motifs, le juge Dupras a tranché que quatre ans de pénitencier représentait la peine juste. Selon la jurisprudence, une peine de trois à six ans de détention représente une « peine sévère », rappelle le juge.

« Le Tribunal sait bien qu’aucune peine ne pourra réparer les torts causés par M. Lemay à M. Lebel, à sa famille et aux personnes qui ont subi des blessures lors de ces malheureux évènements. Le dommage subi est incommensurable », a conclu le juge.

Trois ans plus tard, Rémi Fortier est content d’enfin tourner la page. Il observe toutefois que la consommation d’alcool demeure bien ancrée dans le milieu de la construction. « C’est un comportement qui ne changera pas », dit-il, résigné.

MAnik Archambault et MEmmanuelle Viau-Smith ont représenté le ministère public.