William Rainville, ce jeune homme de 24 ans arrêté avec 250 carcasses d’armes à feu alors qu’il venait de passer la frontière à Dundee, en mars dernier, a plaidé coupable jeudi matin au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Le juge Bertrand St-Arnaud, de la Cour du Québec, a aussitôt entériné une suggestion commune de la poursuite et de la défense et l’a condamné à une peine de cinq ans de pénitencier.

Rainville a plaidé coupable à six chefs de possession d’armes dans un but de trafic et de possession d’armes sans avoir les permis nécessaires. En revanche, il y a eu des arrêts conditionnels sur six autres chefs, dont celui d’importation d’armes à feu. Rainville, qui a suivi son audience de façon virtuelle, a lu une déclaration durant quelques minutes.

Par la suite, le juge St-Arnaud a retenu que le condamné avait commis ce crime pour l’appât du gain et que ses remords semblaient sincères.

Sur des toboggans

Selon les détails de l’affaire révélés au juge, tôt le matin du 5 mars 2021, des opérateurs de télécommunications de la Gendarmerie royale du Canada ont avisé les membres de l’Équipe intégrée de police frontalière (GRC) du détachement de Salaberry-de-Valleyfield qu’un homme avait été observé en train de traverser illégalement la frontière américano-canadienne à six reprises. L’individu passait par une propriété située au 7444, chemin Beaver à Dundee en transportant ce qui semblait être des sacs de hockey sur des toboggans et en portant de petits réflecteurs à l’arrière de ses chevilles.

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La maison de William Rainville, au 7444, chemin Beaver. Les armes de poing prohibées ont été trouvées dans cinq sacs de hockey saisis lors d’une opération de surveillance frontalière près de Dundee.

La propriété du 7444, chemin Beaver est située à cheval sur la frontière canado-américaine et faisait déjà l’objet de surveillance de la part de la police fédérale.

Plus tard le 5 mars, les policiers ont observé un homme quitter en camionnette la propriété du 7444, chemin Beaver, qui a été achetée par William Rainville en février 2020, et ont intercepté le véhicule.

Rainville était seul à bord et après avoir obtenu des mandats pour fouiller la camionnette et la remorque qu’il tirait, les policiers y ont découvert des réflecteurs, des toboggans et cinq sacs de hockey contenant 248 carcasses de pistolets de fabrication artisanale Polymer80 de type Glock sans numéro de série, des chargeurs de grande capacité de 15 projectiles de calibre 9 mm, des ensembles de culasses avec canon dont la longueur était inférieure à 105 mm, et tous les gabarits et pièces nécessaires à l’assemblage.

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Un policier a aussi découvert et saisi un toboggan en plastique sur la route Briggs Street et repéré des traces de pas et de toboggan qui traversaient la frontière et entraient au Canada.

Conçues pour tuer

La peine minimale prévue pour les chefs auxquels Rainville a plaidé coupable est de trois ans et la peine maximale est de dix ans.

Le juge St-Arnaud a retenu en tant que facteurs aggravants le nombre d’armes à feu impliquées, le fait qu’il y avait toutes les pièces nécessaires pour les assembler et que Rainville a passé la frontière avec les armes.

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Les armes étaient en pièces détachées, mais toutes les pièces nécessaires à les rendre fonctionnelles étaient présentes.

Il a aussi insisté sur la gravité du crime, citant notamment des jugements rappelant que les armes comme celles qui ont été saisies exposent le public à de graves dangers, qu’elles sont conçues pour blesser ou tuer, que les gouvernements multiplient les annonces dans la lutte contre les armes à feu, que les tribunaux ont également un rôle à jouer dans cette lutte et que les principes de dissuasion doivent primer.

En revanche, le juge a considéré en tant que facteurs atténuants le fait que Rainville n’a pas d’antécédents criminels, qu’il a rapidement plaidé coupable et qu’il ne s’oppose pas à certaines requêtes de la poursuite, notamment de confisquer sa propriété de Dundee au profit du procureur général du Québec.

Les armes à feu seront également confisquées pour servir à des fins de formation. La poursuite évalue qu’une fois assemblée, chaque arme aurait valu entre 5000 $ et 6000 $, et que le montant total de la saisie s’élèverait donc à 1,6 million.

« Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) est très satisfait. La peine reflète la gravité des infractions et l’importance de dénoncer les infractions en lien avec des armes à feu », a réagi la procureure de la poursuite au dossier, MMarie-Ève Côté.

Objet d’un signalement

William Rainville a été conseiller financier chez Desjardins, mais une porte-parole a confié à La Presse qu’il n’a plus de lien d’emploi avec l’institution financière. Il avait déjà été suspendu avant son arrestation pour des raisons qui n’auraient rien à voir avec celle-ci.

Jeune diplômé en finances, décrit par ses proches comme un homme d’affaires ambitieux, il serait propriétaire d’au moins cinq immeubles à revenus dans sa ville, Sherbrooke.

Selon nos sources, le nom de William Rainville est apparu en mai 2020 dans un rapport de signalement acheminé au Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE), chargé de récolter les informations sur les opérations financières douteuses et sur le financement du terrorisme.

Ce signalement faisait état d’un projet de blanchiment d’argent avec un certain Shawn Bergeron, déjà reconnu coupable de fraude par vol d’identité, de possession illégale d’une arme prohibée, de complot et de possession d’outils de cambriolage. Selon le rapport, Bergeron aurait voulu blanchir jusqu’à 250 000 $ par mois en utilisant des sacs d’argent qui devaient être récupérés au bureau de la succursale de Desjardins à Sherbrooke où Rainville travaillait.

La transaction n’a cependant jamais eu lieu, selon le rapport.

D’après nos renseignements, William Rainville et Shawn Bergeron ont aussi déjà rencontré des enquêteurs de la Sûreté du Québec en lien avec une transaction de bitcoins qui a mal tourné.

Sur les réseaux sociaux, William Rainville a écrit que l’un de ses buts dans la vie était d’obtenir la liberté financière à 40 ans.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.