Michel Duchaussoy était une bombe à retardement. Armé jusqu’aux dents, il ruminait sa haine en arpentant les rues de Montréal. Sa rage insondable a culminé par le meurtre gratuit d’un chauffeur de taxi. Huit ans plus tard, cette « profonde tragédie » a enfin connu son dénouement.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

L’homme de 50 ans a plaidé coupable ce printemps avant son second procès à une accusation réduite de meurtre au second degré. Le juge François Dadour l’a alors condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 18 ans. Sa reconnaissance de culpabilité met ainsi un terme « au drame et au traumatisme que vivent les proches de Ziad Bouzid », souligne le juge.

Le meurtre gratuit de Ziad Bouzid avait choqué les Montréalais. Ce diplômé universitaire d’origine algérienne s’était installé au Québec au début des années 2000. Pour subvenir aux besoins de ses trois enfants, il était devenu chauffeur de taxi la nuit, un travail difficile et risqué. Le témoignage « bouleversant » de sa veuve en audience démontre « l’ampleur de la tragédie » qui a « gratuitement frappé » la famille de M. Bouzid, insiste le juge.

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Samia Ali Messaoud, veuve de Ziad Bouzid, en 2014

En novembre 2013, Michel Duchaussoy vit dans la rue avec sa femme. Fatigué, en colère et en détresse, il traîne pendant deux semaines une arme à feu de calibre 12 chargée et « tronçonnée ». Il porte une ceinture de cartouches. La veille du meurtre, sa colère augmente, alors qu’il dort dans un « container ». Il devient « très violent » et en « veut à ses semblables ».

C’est dans ce contexte que Michel Duchaussoy appelle un taxi en sachant très bien qu’il ne pourrait payer la course. Il cache son arme dans son sac à dos. Dans le taxi, il tire à bout portant sur le chauffeur. Ziad Bouzid n’a aucune chance. Le tueur prend la fuite et se débarrasse de preuves incriminantes.

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Ziad Bouzid

Aux enquêteurs, Michel Duchaussoy a raconté avoir « pogné les nerfs ». « J’étais knocké, j’avais frette, j’étais écœuré de voir ma femme qui avait frette, j’avais pu de force, ça faisait trois jours que je ne dormais pas, j’étais frustré… », a-t-il confié.

Nombreux facteurs aggravants

Ziad Bouzid a « servi d’exutoire à la colère accumulée » de Michel Duchaussoy, conclut le juge, qui souligne de nombreux facteurs aggravants dans sa décision.

« Les circonstances de l’homicide sont particulièrement graves. M. Duchaussoy ne s’est pas contenté de tirer presque aveuglément une première fois. En quelques secondes, il a sorti l’arme à feu qu’il venait d’utiliser, l’a rechargée à deux mains et a refait feu directement sur sa victime », écrit le juge.

« M. Duchaussoy, par ses gestes inconsidérés d’une très grande violence, a privé M. Bouzid de sa vie, a privé sa famille d’un mari et d’un père, et a privé la société d’un citoyen travaillant, résilient et responsable des siens », ajoute le magistrat qui a entériné la suggestion des avocats, le 27 avril dernier.

Michel Duchaussoy avait été reconnu coupable de meurtre au premier degré par un jury en 2016, mais la Cour d’appel a ordonné un nouveau procès en raison d’une erreur de droit de la juge.

MNadia Bérubé et MClaudine Charest représentaient le ministère public, alors que MMarie-Hélène Giroux et MCynthia Payer défendaient l’accusé.