Les enquêteurs du SPVM ont arrêté mercredi matin plusieurs suspects soupçonnés d’avoir fait partie d’un réseau de trafiquants de cocaïne qui opérait notamment sur le Plateau-Mont-Royal, sous l’autorité d’un vétéran de la guerre des motards.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse
Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse

Selon le SPVM, onze personnes ont été arrêtées. Les mandats d’arrestations déposés au palais de justice de Montréal font principalement état d’accusations de trafic de cocaïne et complot pour trafic.

Selon nos informations, les enquêteurs considèrent que le réseau aurait été contrôlé par Jean-Guy Bourgouin, un ancien membre des Rockers, défunt club-école des Hells Angels, très actif durant la guerre des motards qui a fait 160 morts et 160 blessés au Québec entre 1994 et 2002.

Bourgouin a d’ailleurs été arrêté le 10 décembre dernier et accusé de possession d’arme lors d’une première phase de l’enquête, baptisée Renouveau et menée par les enquêteurs de la Division du crime organisé (DCO) du SPVM. Les policiers avaient trouvé chez lui, à Mascouche, un pistolet semi-automatique d’assemblage artisanal de type Glock.

Des fiers-à-bras pour écarter les concurrents

D’après nos renseignements, l’enquête concernait la distribution de cocaïne sur le Plateau-Mont-Royal à Montréal, mais aussi l’approvisionnement en kilogrammes de cocaïne des organisations criminelles de la région métropolitaine et de l’est du Québec. Des perquisitions ont d’ailleurs eu lieu dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, selon le SPVM, qui affirme dans un communiqué que le dossier a une ampleur provinciale.

D’après nos sources, l’organisation frappée ce mercredi aurait été en mesure, durant une certaine période de l’enquête du moins, de transiger entre 10 et 20 kilogrammes de cocaïne par semaine. Dans son communiqué, le corps policier affirme avoir saisi 20 kg de cocaïne d’une valeur de 1,4 million de dollars sur le marché, 218 000 comprimés de méthamphétamine et des quantités diverses de Xanax, mescaline et autres stupéfiants. Deux armes à feu, un pistolet à impulsion électrique, un poing américain, des munitions de différents calibres et des vestes pare-balles ont aussi été saisis, de même que près de 800 000 $ en argent comptant.

Il semble que durant l’enquête, les policiers aient constaté que les trafiquants aient fait appel à des équipes de matamores pour chasser les vendeurs concurrents de certains territoires.

Armes, argent et drogue saisis lors de l’opération Renouveau

  • Deux armes à feu, un pistolet à impulsion électrique et un poing américain ont été saisis.

    PHOTO COURTOISIE SPVM

    Deux armes à feu, un pistolet à impulsion électrique et un poing américain ont été saisis.

  • Des comprimés de méthamphétamine saisis par le SPVM lors de l’enquête.

    PHOTO COURTOISIE SPVM

    Des comprimés de méthamphétamine saisis par le SPVM lors de l’enquête.

  • Les enquêteurs croient que le réseau alimentait aussi des organisations de l’Est du Québec en kilos de cocaïne.

    PHOTO COURTOISIE SPVM

    Les enquêteurs croient que le réseau alimentait aussi des organisations de l’Est du Québec en kilos de cocaïne.

  • Les policiers ont saisi près de 800 000 $ en argent comptant.

    PHOTO COURTOISIE SPVM

    Les policiers ont saisi près de 800 000 $ en argent comptant.

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Lors de perquisitions effectuées en juin et décembre 2020, les limiers auraient mis la main sur plusieurs kilogrammes de cocaïne, diverses quantités d’autres drogues et de fortes sommes d’argent. Certains suspects avaient été arrêtés lors de ces précédentes phases, mais avaient été relâchés en attendant le ratissage final qui survient vraisemblablement aujourd’hui.

La police soupçonne que l’organisation de Jean-Guy Bourgouin contrôle depuis des années le secteur du Plateau-Mont-Royal en ce qui a trait à la distribution de cocaïne et qu’elle fonctionnerait avec plusieurs cellules, dont l’une a été démantelée en 2019.

Parmi les accusés en date de mercredi on retrouve un certain Jonathan Papillon, de Terrebonne, Alexandre Desgagné, de Montréal, Samuel Fagnant, de L’Épiphanie, Mélyssa Paquet-Dugas, de Sainte-Anne-des-Monts, Adam Ladrie, de Montréal, Daniel Tremblay, de Montréal, Pascal Dubuc, de Saint-Jean-sur-Richelieu et Charles Desrochers, dont la ville ne résidence n’a pas été précisée à ce stade.

« Des psychopathes »

Jean-Guy Bourgouin est l’ex-vice-président des Rockers, un club très proche des Hells Angels Nomads, anciennement dirigés par Maurice Boucher.

En 2000, vers la fin de la guerre des motards, il avait été enregistré alors qu’il expliquait à un interlocuteur comment certains aspirants étaient prêts à tout pour obtenir leurs « patchs » des Hells Angels. « Ils veulent tous monter les gars, ç’a pas d’allure ça, un moment donné, là, criss, écoute, c’est bien beau là, c’est une gang de mental. Moé dans mon livre à moé, c’est des psychopathes », disait-il sur l’enregistrement diffusé en cour.

Il y a trois ans et demi, Jean-Guy Bourgouin a été visé par une tentative de meurtre. Un individu a tiré vers lui alors qu’il sortait d’un restaurant de l’arrondissement de Saint-Léonard, après avoir partagé un repas avec un membre des Hells Angels et un associé de ce dernier.

À la même époque, des proches de Bourgouin auraient eu des contrats sur leur tête, les policiers ayant même appris que sous le véhicule de l’un d’entre eux, on avait collé un dispositif GPS, du même genre que ceux utilisés par les tueurs à gages pour connaître les allées et venues de leur cible.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.