Au terme de pratiquement deux jours de délibérations, durant lesquelles ils avaient été séquestrés, les 12 jurés ont reconnu Benoit Cardinal coupable du meurtre prémédité de sa conjointe Jaël Cantin.

Véronique Lauzon
Véronique Lauzon La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Plusieurs proches de la victime étaient dans la salle d’audience du palais de Joliette pour entendre la décision unanime des membres du jury. « Coupable du meurtre au premier degré », a déclaré l’une d’entre elles. Benoit Cardinal n’a pas retenu ses larmes lorsque le verdict est tombé.

Le père de la victime, Gaétan Cantin, a par la suite lu une courte déclaration devant les médias. « Aujourd’hui, ce n’est pas une période de réjouissances ou de satisfaction. Un sentiment de peine est en nous tous. Tout le monde est perdant dans des causes comme ça. Nous retournons à notre grande famille », a-t-il dit non sans émotion devant les caméras, en précisant qu’une cérémonie sera organisée dimanche en l’honneur de Jaël Cantin.

C’est donc dire que la défense n’a pas convaincu les membres du jury que le meurtre de la mère de six enfants, survenu au milieu d’une nuit, dans sa chambre à coucher, a été commis par un « intrus ». Les jurés ont plutôt été convaincus hors de tout doute raisonnable que Cardinal, qui était présent dans la chambre aux moments des évènements, est celui qui a enlevé la vie à sa conjointe.

La Couronne a plaidé que Cardinal avait des problèmes financiers et de couple, ainsi que des pensées suicidaires. Puisque Jaël Cantin détenait une police d’assurance vie, le meurtrier aurait pu hériter d’un million de dollars après son décès.

Le meurtrier est ainsi condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DE JAËL CANTIN

Jaël Cantin

Redonner confiance aux victimes ?

En entrevue avec La Presse, la procureure de la Couronne, MCaroline Buist, a dit accueillir la nouvelle « avec beaucoup d’émotions, de fierté et de travail accompli ». « On est très contents que cette famille puisse tourner la page sur ce procès très émotif, et surtout que le dossier connaisse une conclusion après seulement 15 mois de procédures. C’est une éternité pour la famille, mais c’est un délai passablement court pour les tribunaux », a-t-elle indiqué.

« À l’ère des féminicides et de plusieurs acquittements, voire de découragement de la part des victimes, c’est tant mieux si ce jugement pourra redonner confiance en le système de justice », a aussi souligné la juriste, en remerciant au passage la Sûreté du Québec et le réseau des Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) pour leur accompagnement tout au long du processus.

MBuist s’est aussi réjouie que les procédures judiciaires « aient su s’adapter à la réalité délicate du témoignage d’enfants, avec des mesures particulières » qui ont été mises sur pied afin de faciliter leur prise de parole.

Retour en salle fin mai

Après l’annonce du verdict, les avocats de la défense ont annoncé qu’ils allaient déposer une requête « pour attaquer l’article 745 du Code criminel », qui traite de l’emprisonnement à perpétuité et du bénéfice de la libération conditionnelle. Les deux parties doivent revenir en salle d’audience le 21 mai prochain.

Rappelons que Jaël Cantin a été tuée à son domicile, le 16 janvier 2020. La cause de la mort de cette technicienne en éducation spécialisée serait un traumatisme par un objet contondant.

Parmi les témoins qui ont été appelés à la barre pendant ce long procès, il y a eu des jeunes présents dans la maison au moment du meurtre, dont la loi nous oblige à taire le nom puisqu’ils sont mineurs. Ils ont notamment raconté qu’une dispute entre Cardinal et Mme Cantin les avaient réveillés. Une des mineures a allégué que Jaël Cantin était fâchée contre son conjoint, parce qu’elle pensait qu’il avait tenté de la pousser dans l’escalier. Cardinal aurait alors expliqué à sa conjointe qu’il s’agissait d’un accident, puisqu’il avait trébuché dans les marches.

Mais peu de temps après, elle a entendu la victime crier à l’aide. Une bagarre avait éclaté dans la chambre de Mme Cantin et Cardinal, qui a duré de longues minutes. Lorsque Benoit Cardinal est sorti de la chambre, il aurait dit aux mineurs que le criminel avait quitté la résidence. Il leur a aussi demandé d’aller se réfugier chez les parents de Jaël Cantin, ce qu’ils ont fait.

Gaétan Cantin a aussi témoigné. Sa femme et lui résidaient dans le même immeuble multifonctions que Jaël Cantin et Benoit Cardinal. Il a raconté que les enfants ont débarqué en trombe chez eux en hurlant.

Il est alors descendu dans la résidence de sa fille où il a découvert Benoit Cardinal étendu au sol. Tout près, dans une chambre à coucher, il a vu sa fille. « Il y a du sang sous sa tête, c’est un bain de sang. Pour les habitués de séries télé, du sang, il y en avait autant, sinon plus », avait-il raconté. Il a aussitôt appelé le 911.

Lorsque les premiers répondants sont arrivés, la victime était déjà morte, a-t-on aussi appris pendant le procès.