La réalisatrice Lyne Charlebois poursuit Gilbert Rozon pour 1,7 million. Elle affirme que le magnat déchu de l’humour l’a violée en 1982.

Véronique Lauzon
Véronique Lauzon La Presse

Alors qu’elle commençait sa carrière comme photographe, Lyne Charlebois allègue que Gilbert Rozon lui a donné rendez-vous à son bureau pour discuter d’un potentiel contrat de photographie pour le festival La Grande Virée. M. Rozon n’était pas connu à l’époque.

Lors de la rencontre, Gilbert Rozon lui aurait dit qu’il avait « une grosse journée » et qu’il était préférable qu’ils se revoient en fin de journée. L’homme d’affaires se serait rendu chez Mme Charlebois vers l’heure du souper et aurait accepté une invitation à manger avec elle et son conjoint.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Lyne Charlebois

Après le repas, M. Rozon et Mme Charlebois auraient décidé de sortir « prendre un verre et discuter d’affaires ». Avant de s’y rendre, le magnat déchu de l’humour aurait proposé qu’ils s’arrêtent chez lui quelques minutes. Elle aurait accepté, n’ayant « aucune raison de se méfier » de lui, avance la réalisatrice.

Dans la résidence, « soudainement et avec un regard de fou », il l’aurait tirée par la main vers la chambre à coucher. « Elle se souvient d’avoir eu peur, la plus grande peur de toute sa vie. Elle pensait que Rozon allait la tuer », peut-on lire dans la poursuite civile déposée jeudi au palais de justice de Montréal.

« Il la pénètre à froid, sans condom. Elle en ressent une douleur atroce », peut-on aussi lire.

Après qu’il a éjaculé, elle aurait profité de l’occasion pour sortir « en courant » de la résidence. Dès son retour chez elle, elle aurait raconté à son conjoint qu’elle venait de se faire agresser sexuellement.

Lyne Charlebois aurait dit ouvertement à ses proches qu’elle avait subi un viol, même si elle hésitait à porter plainte. « Au cours des années qui ont suivi, elle a appris que d’autres femmes avaient été victimes du défendeur, y compris une de ses amies », lit-on.

Lorsqu’en 1998 elle a entendu parler des accusations portées contre Gilbert Rozon par une jeune croupière du Manoir Rouville-Campbell, Mme Charlebois et son amie auraient contacté la police pour porter plainte. Les policiers lui auraient dit que « son cas [était] trop vieux ».

Quant à Gilbert Rozon, il a indiqué par écrit qu’il ne ferait aucun commentaire sur les poursuites judiciaires pour l’instant. « J’ai donné le mandat à mes avocats de prendre les mesures qu’ils jugeront appropriées afin d’assurer ma défense », a-t-il ajouté.

Les Courageuses

Lyne Charlebois fait partie du collectif Les Courageuses, qui a déposé en novembre 2017 une demande pour obtenir l’autorisation d’exercer une action collective visant à représenter toutes les personnes qui auraient été agressées ou harcelées sexuellement par M. Rozon. Cette demande a été rejetée par la Cour suprême du Canada le 16 novembre 2020.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a aussi analysé plusieurs plaintes contre Gilbert Rozon, dont une de Mme Charlebois. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n’en a finalement retenu qu’une seule, soit celle de viol et attentat à la pudeur à l’endroit d’Annick Charette.

Dans cette affaire, M. Rozon a été acquitté le 15 décembre 2020.

La comédienne Patricia Tulasne a aussi déposé une poursuite civile contre Gilbert Rozon, en avril 2021, pour 1,6 million. Mme Charlebois et Mme Tulasne sont représentées par le même cabinet d’avocats, Trudel Johnston & Lespérance.