Une nouvelle forme de sextorsion extrêmement inquiétante fait son apparition sur l’internet.

Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne

Le Centre canadien de protection de l’enfance rapporte avoir reçu des signalements de victimes où un internaute menace d’envoyer photos ou vidéos intimes à d’autres personnes si on ne lui verse pas de l’argent ou des cartes-cadeaux ou même d’autres images intimes.

Sauf que cette forme de chantage, déjà bien connue, a pris une tournure inattendue en s’appuyant sur l’hypertrucage : les « sextorqueurs », comme on les appelle, superposent des visages de jeunes personnes sur des vidéos ou des photos pour faire croire qu’elles sont nues ou se livrent à des actes sexuels.

Par exemple, une des façons de faire des sextorqueurs est de lancer un appel vidéo avec une victime ciblée, d’enregistrer cette conversation vidéo pour ensuite incorporer le visage de la victime dans une autre vidéo à contenu sexuel.

« Les sextorqueurs ne manquent pas d’imagination pour s’en prendre à nos enfants et ils en sont rendus à engager tout bonnement, innocemment, la conversation avec des enfants, des adolescents dans le seul but de capturer l’image de leur visage pour ensuite, à l’aide de logiciels de retouches d’images, superposer le visage de la victime sur le corps nu de quelqu’un d’autre ou la vidéo de quelqu’un d’autre en train de se livrer à des actes sexuels », se désole René Morin, porte-parole du Centre.

Susciter la panique

« Ils vont d’abord la montrer à l’adolescent, qui va fort probablement paniquer et vont lui dire que s’ils ne veulent pas que la vidéo soit diffusée sur les réseaux sociaux ou la montrer à leur famille ou leurs amis, d’envoyer une somme d’argent ou d’envoyer des images intimes », explique M. Morin.

Ainsi, dans certains cas, les sextorqueurs vont suivre les proches et amis des jeunes sur les réseaux sociaux pour démontrer leur capacité de mettre leurs menaces à exécution si leurs victimes n’obtempèrent pas.

Dans d’autres cas rapportés, ils créent des comptes de médias sociaux sous le nom de leurs victimes ou des noms similaires pour partager les vidéos ou les photos. Certains de ces malfaiteurs vont jusqu’à utiliser des filtres pour paraître plus jeunes qu’ils ne le sont sur les plateformes de diffusion en direct.

Les signalements transmis au Centre via son site web Cyberaide.ca font état de l’utilisation de ces tactiques sur plusieurs plateformes de médias sociaux, dont Facebook, Instagram, Snapchat, Google Hangouts, Skype, Omegle et Line App.

« On a suffisamment de cas pour justifier le lancement d’une alerte pour mettre la population en garde contre ce stratagème », note René Morin.

Mesures de protection

Le Centre canadien de protection de l’enfance demande aux parents de bien faire comprendre à leurs jeunes de ne jamais répondre à des appels vidéo de personnes qui leur sont inconnues. S’ils se connectent par erreur avec un inconnu sur une plateforme de diffusion en direct, de se déconnecter aussitôt et de ne pas répondre aux appels de relance et de répondre aux appels vidéo avec la caméra éteinte jusqu’à ce qu’ils soient sûrs de l’identité de la personne qui cherche à les rejoindre.

René Morin offre également des mesures de prévention.

« Quelle que soit l’application que vous utilisez, c’est toujours une bonne chose de passer en revue les paramètres de sécurité pour voir avec quelle facilité des inconnus peuvent communiquer avec nous. Souvent, on peut désactiver un certain nombre d’options pour faire en sorte que seules les personnes qui sont déjà sur notre liste de contacts, des gens qu’on connaît déjà, que seuls ces gens-là puissent communiquer avec nous.

« On peut aussi, sur plusieurs applications, faire en sorte que lorsqu’on répond à un appel vidéo, la caméra soit éteinte par défaut. Ça vous donne le temps de valider l’identité de la personne qui vous appelle avant d’allumer votre caméra. Donc, la personne ne pourra pas capturer l’image de votre visage pour ensuite l’utiliser avec le stratagème en question. »

On conseille également de ne pas céder aux menaces, de ne pas envoyer d’argent ou d’autres images de nudité et d’annuler tout transfert de fonds qui n’a pas été encaissé. S’il a été encaissé, on suggère de communiquer avec le service de transfert de fonds utilisé qui sera habituellement en mesure de faire remplir un formulaire de dénonciation en cas de chantage.

La contre-attaque

Bien que cela puisse sembler étonnant, le Centre invite les victimes à conserver les conversations, toutes les informations possibles comme le nom de l’utilisateur, son pseudonyme ou son adresse courriel, les plateformes utilisées, les détails de toute demande de paiement, une copie des conversations ainsi que les photos ou les vidéos transmises. Ces renseignements seront utiles aux policiers pour retracer le criminel qui a cherché à commettre ce délit.

Toutes ces tentatives de sextorsions doivent être signalées à Cyberaide.ca ou aux services policiers afin de pouvoir mettre un terme aux activités de ces malfaiteurs.

« Si un sextorqueur s’en est pris à vos enfants, il y a de fortes chances qu’il s’en soit pris à d’autres enfants également », souligne René Morin, qui précise que ces signalements ne sont pas faits en vain.

« Depuis la création de Cyberaide.ca, il y a plus de 600 arrestations qui ont été faites à la suite d’un signalement qui nous avait préalablement été transmis. »