Immédiatement après avoir plaidé coupable à des chefs de complot et de trafic de drogue, le chef de gang Arsène Mompoint a été condamné à un jour de prison et sera libéré vendredi.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Mompoint, 47 ans, était détenu depuis septembre 2019, après avoir été arrêté dans la foulée de l’enquête Asterios par laquelle les enquêteurs de la Division du crime organisé (DCO) du SPVM ont démantelé un réseau de trafiquants d’héroïne liés aux Minotaures, défunt club subalterne des Hells Angels.

Mompoint n’avait rien à voir avec le réseau, a raconté le procureur de la Poursuite MMathieu Longpré au juge Salvatore Mascia de la Cour du Québec vendredi, mais grâce à l’écoute et à la surveillance, les enquêteurs ont pu prouver que le chef de gang a participé à une transaction de dizaines de milliers de pilules de MDA, et qu’il a conservé 100 000 comprimés comme garantie.

Dans les faits, le juge a condamné Mompoint à 29 mois et cinq jours, mais cela équivaut au temps passé en détention préventive, qui est calculé en temps et demi, en raison des conditions de détention.

Le chef de gang est toutefois soumis à une probation de deux ans au cours de laquelle il devra respecter des conditions : il lui est interdit de communiquer avec ses coaccusés du projet Asterios, de communiquer avec toute personne ayant des antécédents criminels, de posséder une arme et de consommer des drogues, sauf de la marijuana, sur ordonnance médicale.

Mompoint fait l’objet d’une ordonnance d’interdiction de possession d’une arme à vie et devra fournir un échantillon d’ADN. Il devra récupérer son passeport auprès de Passeport Canada, lui qui s’apprêtait à quitter le pays et a été arrêté à l’aéroport Trudeau le matin du ratissage.

PHOTO FOURNIE PAR LA SQ

Le défunt chef de clan de la mafia, Andrew Scoppa, à gauche, et le chef de gang Arsène Mompoint, à droite, lors d’une filature policière effectuée en 2016, durant l’enquête Estacade qui visait Scoppa.

Un contractuel

Lors de son enquête sur remise en liberté, un enquêteur de la DCO avait témoigné que Mompoint et son groupe étaient des « contractuels » pour le crime organisé.

« Juste avant l’été 2019, les informations de sources voulaient que M. Mompoint était actif dans les contrats de meurtres, donc trouver des gens pour exécuter les contrats ou les faire lui-même. Ça revient régulièrement avec son nom, dans le milieu », avait raconté l’enquêteur Francis Derome.

Arsène Mompoint avait aussi témoigné et raconté avoir fait un séjour de plus de deux mois en Haïti, au début de 2019, pour ériger des clôtures autour des terres de ses parents.

Il s’était présenté comme un adjoint gestionnaire de projet en construction et avait dit travailler pour une entreprise qui possède un chantier de tours de condos de 30 millions de dollars à Terrebonne.

Arsène Mompoint traîne un lourd passé judiciaire, surtout en matière de vol et de possession d’arme.

En juin 2017, il a été condamné à 25 mois d’emprisonnement après avoir été arrêté avec une arme à feu.

Regain de tension appréhendé

Durant ces procédures, un autre enquêteur de la DCO du SPVM avait révélé qu’Arsène Mompoint est relié aux gangs de rue d’allégeance rouge et qu’il a été chef d’un groupe qui aurait exécuté plusieurs contrats, dont des meurtres, pour le crime organisé, en particulier la mafia, au cours des dernières années.

Le policier avait également dit que la police croyait que Mompoint cherchait à prendre la place de l’influent chef de gang Gregory Woolley à la suite de l’arrestation de ce dernier dans l’enquête Magot-Mastiff par laquelle la Sûreté du Québec a décapité le crime organisé montréalais en novembre 2015. Woolley est actuellement en libération conditionnelle.

En août 2019, Mompoint a été blessé par balle au bras lors d’une tentative de meurtre dans l’arrondissement de Saint-Léonard. Lors de l’enquête sur remise en liberté de son présumé agresseur, un témoin policier a dit que Mompoint faisait alors l’objet d’un lucratif contrat sur sa tête.

« Un jour où l’autre, ça va brasser, c’est inévitable », a confié un enquêteur à La Presse, sous le couvert de l’anonymat, car il n’est pas autorisé à parler aux médias.

La Poursuite était également assurée par MMarie-France Plante, du Bureau de la grande criminalité et des affaires spéciales, et la Défense, par MCharles Montpetit.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.