Le Hells Angels Claude Gauthier a été condamné à neuf ans de pénitencier pour gangstérisme, complot, trafic de stupéfiants et recel vendredi après-midi, au palais de justice de Montréal.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

« La preuve d’expert au procès a démontré l’implication des Hells Angels dans le commerce de la drogue au Québec. Qu’un membre de ce groupe depuis 20 ans décide de contrôler un territoire et d’y organiser un réseau de trafic de cocaïne incite le Tribunal à envoyer un message en conséquence », a déclaré le juge Claude Leblond de la Cour du Québec, en rendant sa décision.

Le magistrat a notamment retenu, en tant que facteurs aggravants, les antécédents de Gauthier, le fait que ce dernier a été condamné à 33 mois d’emprisonnement en 2003, pour le même type d’accusations, avec les mêmes complices, Pascal Facchino et Dany Couillard, et qu’il ait été le « décideur » d’un réseau de trafic de stupéfiants démantelé au printemps 2019.

Depuis son arrestation, Claude Gauthier est détenu à l’Établissement de Montréal, surnommé Bordeaux, où des éclosions de COVID-19 ont eu lieu depuis un an. Pour cette raison, le juge Leblond a accordé à Gauthier deux jours pour chaque journée passée en détention préventive depuis le début de la pandémie, faisant ainsi en sorte que le motard a déjà purgé trois ans et demi sur les neuf années de sa peine.

Gauthier a été condamné à quatre ans pour le seul chef de gangstérisme et il devra purger au moins la moitié de cette période de temps avant d’être admissible à une libération conditionnelle.

Lors des plaidoiries sur la peine qui se sont déroulées il y a quelques semaines, la Poursuite, assurée par MMarie-France Drolet du Bureau de la grande criminalité et des affaires spéciales avait demandé 12 ans de pénitencier et la Défense, représentée par MAnne Lahaise, avait suggéré six ans.

Trois kilogrammes par mois

Claude Gauthier, qui vient de fêter ses 53 ans, a été arrêté au printemps 2019 à l’issue d’une importante enquête de l’Escouade nationale de répression du crime organisé (ENRCO), chapeautée par la Sûreté du Québec. Cette enquête, baptisée Orque, visait les dirigeants d’un réseau de trafic de stupéfiants relié aux Hells Angels actif dans la région de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Les quelques 30 autres accusés, y compris un autre membre des Hells Angels, Pascal Facchino, ont tous rapidement plaidé coupables et reçu leur peine sauf Gauthier, qui a demandé la tenue d’un procès devant juge seul.

La preuve contre Claude Gauthier était circonstancielle et basée principalement sur des centaines de conversations d’écoute électronique, des entrées subreptices d’enquêteurs chez des suspects et des vidéos captées chez le motard et ses complices, ou dans leur véhicule, grâce à des caméras cachées.

Gauthier en avait d’ailleurs découvert une chez lui avant de l’arracher de son mur, en pleine enquête.

Une importante conversation entre Facchino et deux autres complices avait eu lieu chez l’un d’eux en octobre 2018, et les enquêteurs avaient entendu les suspects discuter d’une restructuration de leur réseau, de façon à pouvoir écouler trois kilogrammes de cocaïne par mois.

Après un procès de deux mois, le juge Claude Leblond a déclaré Gauthier coupable de gangstérisme, complot et trafic de stupéfiants le 18 novembre dernier.

La Poursuite a par ailleurs présenté des requêtes pour confisquer au profit du Procureur général du Québec des sommes d’argent totalisant près de 60 000 $ saisis durant l’enquête ainsi que des vestes de motards et des objets à l’effigie des Hells Angels appartenant aux accusés, mais également à d’autres individus qui n’ont pas été accusés à l’issue de l’enquête. Ces requêtes seront débattues ultérieurement.

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