(Joliette ) Quelques jours avant le meurtre de sa conjointe, Benoit Cardinal aurait laissé miroiter à une adolescente qu’elle pourrait être une « bonne mère » pour ses six enfants. De son côté, la défense n’a pas hésité à malmener la jeune témoin, allant même jusqu’à suggérer qu’elle était sur les lieux du crime, causant une commotion dans la salle d’audience.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Alors que Benoit Cardinal était éducateur au centre jeunesse de Laval, une jeune femme dit avoir développé un lien de confiance avec lui. Le tout aurait commencé lorsqu’elle avait 16 ans.

Maintenant âgée de 18 ans, cette jeune adulte a poursuivi son témoignage mardi en donnant plus de détails sur les jours qui ont précédé le meurtre, alors qu’elle était en fugue de son centre jeunesse.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Benoit Cardinal

Le 9 janvier, soit le premier soir qu’elle était en fuite, elle aurait dormi dans la minifourgonnette de Cardinal, qui n’aurait pas informé sa conjointe de la présence de l’adolescente dans la voiture. Peu avant, elle aurait mangé et pris une douche dans la résidence, alors que Mme Cantin n’y était pas encore.

Le lendemain, Cardinal aurait décidé de lui payer quelques nuits à l’hôtel, où il serait venu la visiter environ deux fois par jour.

Il se plaignait régulièrement de sa conjointe, a ajouté la jeune femme, qu’une ordonnance de non-publication nous empêche de nommer.

Il me disait qu’il voulait la laisser. Il voulait qu’elle disparaisse de sa vie. Il disait qu’elle était juste une source de problèmes.

La témoin

Il aurait tenu des propos plus tendres à l’endroit de l’adolescente. À quelques occasions, il lui aurait confié qu’elle serait « une bonne mère pour ses enfants ». Il lui aurait même dit qu’il la trouvait mature pour son âge et, qu’ensemble, ils pourraient avoir un bel avenir. Il rêvait notamment de voyages avec elle, a affirmé la témoin de 18 ans.

Après avoir séjourné à l’hôtel, elle a trouvé refuge chez la famille d’un ami. Ce serait le suspect qui l’aurait conduite tout près de cette nouvelle résidence de Montréal. Elle a raconté qu’il pleurait alors à chaudes larmes, puisqu’il ne voulait pas la « perdre ». Il aurait même ouvert sa portière, alors qu’il roulait à grande vitesse, pour se lancer à l’extérieur de la voiture. « Je ne sais plus quoi faire, ça ne va pas bien dans ma tête », aurait-il lâché.

Parmi les solutions évoquées pour réaliser son souhait de ne plus vivre avec Mme Cantin, il aurait avancé que l’adolescente et lui pourraient quitter le Québec pour déménager dans une autre province. Ou sinon, qu’il pourrait « tuer sa femme » pour qu’ils puissent un jour habiter ensemble. Il lui aurait même décrit comment il procéderait pour camoufler le crime.

La jeune adulte n’a pas caché aux membres du jury qu’elle aurait peut-être aimé avoir un avenir avec lui, à un certain moment. Mais elle a plaidé qu’elle avait toujours été contre l’idée qu’il enlève la vie à Jaël Cantin.

« On dirait littéralement que c’était moi l’adulte et lui l’enfant », a-t-elle témoigné.

Crédibilité attaquée

L’avocat de Benoit Cardinal, MLouis-Alexandre Martin, a longuement contre-interrogé la jeune femme. En plus d’attaquer sa crédibilité, il a soulevé plusieurs contradictions dans ses témoignages. Il l’a également questionnée sur certains évènements où elle aurait menti à des adultes, entre autres pour réussir à s’évader de son centre jeunesse.

Il a aussi été question d’une tablette électronique que l’accusé lui aurait prêtée pendant sa fugue. MMartin a tenté de comprendre pourquoi elle l’avait réinitialisée après le meurtre de Mme Cantin. La jeune adulte a expliqué, pendant de longues minutes, à quel point les évènements l’avaient rendue anxieuse et qu’elle avait peur d’avoir en sa possession un objet qui appartenait à cet homme accusé de meurtre.

L’avocat de la défense a plutôt suggéré qu’elle l’avait réinitialisée pour effacer des preuves de sa présence sur les lieux du crime, la nuit du meurtre. « Pardon !? », s’est exclamée la jeune femme, visiblement sous le choc. La procureure de la Couronne, MCaroline Buist, s’est d’ailleurs opposée avec force à la question.

Dans la foulée, la juge Johanne St-Gelais, de la Cour supérieure, a ajourné le procès pour le reste de la journée. Il devrait reprendre mercredi avec la suite du contre-interrogatoire.

Rappelons que l’homme de 34 ans plaide non coupable à l’accusation de meurtre prémédité.