Maison Jacynthe, dont la propriétaire est Jacynthe René, a été reconnue coupable d’exercice illégal de la médecine pour deux vidéos sur la « détox ».

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Le naturopathe Christian Limoges, qui pratique notamment « l’irrigation du côlon », et Jacynthe René ont été trop loin dans deux vidéos diffusées en direct sur la page Facebook de la Maison Jacynthe en 2018, a plaidé le Collège des médecins. Les vidéos donnaient lieu de croire qu’ils étaient autorisés à exercer la médecine, ce qui n’est pas le cas.

« Les défendeurs laissent supposer à toute personne raisonnable qu’ils peuvent diagnostiquer des maladies ou prodiguer des traitements pour les soigner, et se faisant, commettent un exercice illégal de la médecine », a affirmé la juge Nathalie Duchesneau de la Cour du Québec, en les déclarant coupables des accusations pénales d’exercice illégal de la médecine et d’avoir donné lieu de croire qu’ils étaient autorisés à exercer la médecine.

La juge a réitéré que dans le cas de Maison Jacynthe, ce n’est pas « l’entreprise en général » qui est en cause, mais seulement deux vidéos où Jacynthe René, malgré ce qu’elle a allégué, ne se « limitait pas à son simple rôle d’animatrice ». Elle a outrepassé les limites permises, a fait savoir la juge Duchesneau.

« Elle participe activement à la séance et fait bien plus que de relater tout simplement son expérience personnelle ou discuter de salade et de légumes en proposant une façon de se nourrir. Mme René, non seulement confirme les propos de M. Limoges, mais de plus, elle fournit des conseils, attribue des bienfaits à l’irrigation (du côlon) et la recommande. »

En ce qui concerne Christian Limoges, la juge a mentionné que, dans les deux vidéos en litige, le naturopathe discute avec Mme René des problématiques et des déficiences de la santé des spectateurs, dont de l’inflammation, le cholestérol, la diarrhée, les maux de tête et de ventre et de la fatigue. « Il en explique les causes en termes médicaux, recommande un changement dans le mode de vie, ainsi que la consommation de ses produits naturels, et au surplus, suggère à de nombreuses reprises l’irrigation du côlon comme solution pour améliorer l’état de santé ».

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Le naturopathe Christian Limoges

« En somme selon ses dires, la seule et unique raison pour laquelle les gens sont malades, c’est parce que le corps s’encrasse et qu’en fait, votre santé dépend de votre intestin », a expliqué la juge.

Le Collège des médecins s’est dit satisfait de la décision. « Le tribunal a retenu l’essentiel, qui était que seuls les médecins peuvent diagnostiquer, déterminer des traitements et recommander des substances », a mentionné Me Catherine Dion-Cliche à la sortie de la salle d'audience.

Elle a spécifié que le Collège n’a pas analysé d’autres vidéos de Maison Jacynthe. Ce sont uniquement sur les deux vidéos où Jacynthe René discute avec le naturopathe Christian Limoges que les accusations pénales ont été portées. « Mme René est libre de continuer ses activités, a ajouté Me Dion-Cliche. On espère tout de même que le processus a été un avertissement et que les pratiques seront ajustées pour le futur. »

Maison Jacynthe et la clinique du naturopathe, l’Aube, s’exposent à une peine respective qui pourrait s’élever jusqu’à 125 000 $. M. Limoges, aussi visé personnellement par la poursuite, s’expose quant à lui à une peine pouvant aller jusqu’à 62 500 $.

Après la décision, Jacynthe René a fait une vidéo sur sa page Facebook pour « dédramatiser la situation ». « On a bel et bien reçu un ticket de la cour. », a-t-elle mentionné, en ajoutant qu’elle était « surprise » que Maison Jacynthe soit reconnue coupable. « Je suis désolée si j’ai donné lieu de croire que j’étais apte à pratiquer la médecine. »

Les défendeurs reviennent en cour en mai pour connaître la sanction qui leur sera imposée.