(Toronto) L’homme qui a tué 10 personnes et blessé 16 autres en roulant délibérément avec une fourgonnette sur un trottoir achalandé de Toronto, en 2018, a été reconnu coupable de tous les chefs d’accusation, mercredi.

Liam Casey
La Presse Canadienne

Alek Minassian a déjà admis avoir préparé et perpétré l’attaque du 23 avril 2018. Il a toutefois soutenu devant le tribunal qu’il ne devrait pas être reconnu criminellement responsable de ses actes, à cause de son trouble du spectre de l’autisme. L’homme de 28 ans de Richmond Hill avait plaidé non coupable aux 10 chefs de meurtre prémédité et 16 chefs de tentative de meurtre.

Or, la juge Anne Molloy a conclu que l’accusé avait été ce jour-là tout à fait apte à faire un choix rationnel, qu’il avait délibérément choisi de commettre les crimes et était pleinement conscient de la dévastation qu’il causerait. La juge a déclaré que l’accusé avait agi pour accéder à la notoriété — elle a d’ailleurs refusé de prononcer son nom en lisant son verdict : elle l’a appelé uniquement « John Doe », l’équivalent en anglais de « Monsieur X ».

« M. Doe a très longtemps pensé à commettre ces crimes et il a pris la décision réfléchie d’aller de l’avant », a-t-elle déclaré dans son verdict, prononcé par visioconférence et diffusé sur YouTube. « Il voulait désespérément accéder à la renommée et la notoriété, croyant qu’une attention, même négative, pour ses actes serait meilleure que de vivre dans l’obscurité. »

« M. Doe savait que la grande majorité des gens dans la société trouveraient un acte de meurtre de masse moralement répréhensible, a ajouté la juge Molloy. Il a choisi de commettre quand même les crimes, parce que c’était ce qu’il voulait vraiment faire. C’était l’exercice du libre arbitre par un cerveau rationnel, capable de choisir entre le bien et le mal. »

Au cœur de ce procès, qui avait débuté en novembre dernier devant juge seule, la cour devait en effet déterminer si, au moment des crimes, Minassian était en mesure de faire des choix rationnels. La Couronne a plaidé que l’accusé est un tueur de masse, qui se trouve être autiste, et qu’il savait faire la différence entre le bien et le mal. Mais la défense a soutenu qu’en raison de son trouble du spectre de l’autisme, il n’avait jamais développé d’empathie et que ce déficit d’empathie le rendait incapable de faire un choix rationnel.

Peu importe, a conclu la juge. « Le manque d’empathie pour la souffrance des victimes — même l’incapacité de faire preuve d’empathie, pour quelque raison que ce soit — ne constitue pas une défense au sens de l’article 16 du Code criminel », la section relative à la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Quête de notoriété, même infame

PHOTO AARON VINCENT ELKAIM, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Dix personnes ont été tuées dans cet attentat.

On a appris au procès que Minassian avait fantasmé sur des meurtres de masse pendant des années, à partir du moment où il était à l’école secondaire, où il avait longtemps été victime d’intimidation.

Minassian a dit à plusieurs psychiatres venus l’évaluer en prison qu’il avait voulu tirer sur son école, mais qu’il n’avait pas pu trouver une arme à feu. À un moment donné, il est devenu obsédé par un meurtrier de masse américain qui détestait les femmes. Il a rejoint une communauté en ligne d’« incels » — des hommes « involontairement célibataires ».

L’accusé a déclaré à un enquêteur quelques heures après l’attentat au véhicule bélier qu’il cherchait à se venger de la société parce qu’il était un homme vierge, solitaire, qui croyait que les femmes ne coucheraient jamais avec lui. Mais il a avoué plus tard qu’il s’agissait d’une ruse conçue pour augmenter encore son infamie — et sa notoriété.

Plus tard, il a mentionné d’autres motifs aux différents psychiatres qui l’ont rencontré : il nourrissait un fort désir de commettre un meurtre de masse, il était seul, inquiet d’échouer dans son prochain travail, il était convaincu qu’il n’aurait jamais de relation avec une femme, il était obsédé par un meurtrier de masse. Et, ce que beaucoup considèrent comme son plus grand facteur de motivation : la quête de notoriété.

Les faits tragiques

Trois semaines avant l’attaque, il a réservé une fourgonnette de location pour le lendemain de la fin de son examen final au collège universitaire, a appris le tribunal. Vers 13 h 30, par une belle journée d’avril, ensoleillée et chaude, il s’est assis dans le siège du conducteur, au coin de Yonge et de Finch. Quand le feu est passé au vert, il a enfoncé la pédale d’accélérateur pour monter sur le trottoir et il a commencé à renverser des piétons.

Il a conduit ainsi sur environ deux kilomètres, sur le trottoir et dans la rue, tuant et mutilant sur son passage des piétons sans méfiance. Il a été arrêté quelques instants plus tard, après avoir vainement tenté de provoquer un policier pour qu’il l’abatte dans la rue.

Dix personnes ont été tuées dans cet attentat : Betty Forsyth, Ji Hun Kim, So He Chung, Geraldine Brady, Chul Min Kang, Anne Marie Victoria D’Amico, Munir Najjar, Dorothy Marie Sewell, Andrea Bradden et Beutis Renuka Amarasingha.

La cause doit revenir devant le tribunal le 18 mars pour discuter des prochaines étapes sur la peine. Le meurtre au premier degré entraîne une peine automatique de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

L’avocat de la défense, Boris Bytensky, a déclaré qu’il n’avait parlé que brièvement à son client après le jugement et qu’il ne savait pas s’il avait l’intention de faire appel.